dimanche 5 janvier 2014

la commission de l'avance sur recettes


En rendant le verdict de sa troisième session au titre de l’année 2013, la commission d’aide à la production cinématographique nationale, appelée depuis 2014, avance sur recettes, a bouclé ses deux années statutaires. Alors que le délai pour la nouvelle session de 2014 est le 5 janvier, rien n’a filtré sur la nomination de la nouvelle commission. Des sources proches du ministère de la communication parlent d’une reconduite de l’actuelle équipe présidée par le dramaturge Abdelkrim Berrechid (qui a succédé en cours de mandat à Feu Driss Benali). Rien dans les textes n’interdit une telle éventualité. Le ministre dispose de cette prérogative ; et l’actuelle commission peut-être amenée à exercer pour une troisième année successive. Mais est-ce opportun d’un point de vue professionnel ? Je rappelle qu’un précédent a eu lieu lorsque M. Laabi a été reconduit pour un nouveau mandat à la présidence d’une précédente commission.

 La commission, composée de 12 membres, issus du monde du cinéma des arts et de la culture,  nommés par le ministre de la communication, se réunit trois fois l’an. La commission est autonome et souveraine; en principe car la perfection n’est pas de ce monde. le Centre cinématographique marocain assure la logistique pour les travaux de la commission et le suivi de l’application de ses décision. Au sein de la commission elle-même, et contrairement à une légende fort répandue, le CCM ne jouit que d’une seule voix par l’intermédiaire de son représentant à l’instar des autres départements ministériels : les finances, la culture (depuis la dernière réforme) et la communication. Il arrive même que le représentant du ministère de la communication exerce plus d’influence du fait même du pouvoir de nomination du ministre de tutelle. Mais c’est une question de rapports de forces qui se crée au fur et à mesure de l’évolution des travaux de la commission. La première session d’une commission nouvellement installée ne ressemble jamais à celle qui clôt le mandat…conséquence de l’expérience acquise par les uns, des affinités mutuelles nées chez d’autres.

Au début de chaque session, la commission est informée par le secrétariat du montant alloué par le ministère des finances : en moyenne 20 millions de dirhams  étant donné que l’enveloppe annuelle est de l’ordre de 60 millions de dirhams. Les textes prévoient que les premières demandes servies sont celles émanant des films déjà réalisés. Un producteur (marocain) peut en effet postuler à l’avance sur recettes soit en présentant un scénario avec un budget estimatif que la commission va lire et évaluer, soit un film que la commission, visionne et lui accorde une avance sur recette. Le montant ne dépasse jamais les deux tiers du budget global. Cet aspect est abordé par une sous-commission formée généralement des producteurs membres de la commission, et des représentants des finances et du CCM.

En moyenne la commission choisit quatre à cinq projets de long métrage, deux à trois courts métrages et de temps en temps des films soutenus après production. La moyenne octroyée pour le long métrage oscille ces dernières années autour des 3,5 millions de dirhams. Le Pic étant cinq millions de dirhams. Dans les annales de la commission, une seule fois, il y a eu la session Zéro, c’est-à-dire qu’aucun projet n’a été soutenu ! Je reviendrai un jour sur le scénario de ce fait demeuré jusqu’à présent inédit.

Aujourd’hui, le fait de reconduire la même commission pour une autre année, permettra certainement aux décideurs, à la lumière du livre blanc et des remarques des uns et des autres, de revoir les textes de l’avance sur recettes pour pallier aux insuffisances qui ont été surtout dévoilées avec l’actuelle commission, l’une des « spéciales » de l’histoire du fonds d’aide. Wait and see

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

cinéma et télévision: la question esthétique


La télévision doublée de nouvelles formes de réception de film a introduit un changement radical dans le dispositif classique du cinéma, illustré par la projection 35mm dans un lieu spécifique, la salle. La caractéristique principale de cette explosion étant l’individuation et la fragmentation de la réception. On passe d’une pratique sociale obéissant un véritable rite, à une consommation de plus en plus domestique. Le film passe de la sphère publique à la sphère privée.

  Mais les enjeux économiques de cette mutation ont entraîné des conséquences sur le cinéma, cette fois en tant que choix artistique, en tant que rapport à l’image, en tant que logique du récit. Les modes de financement ont induit des modes d’écritures. A la mort économique du cinéma (voir le dernier rapport sur les déficits chroniques du cinéma français) succède aujourd’hui la mort du septième art, ou du moins sa métamorphise radicale. La télévision est devenue un monstre : elle tue le cinéma qu’elle génère. « La télévision, premier soutien du cinéma, est anthropophage du cinéma qu’elle produit. Elle est en train de le tuer. La ligne éditoriale des télés n’a plus rien à voir avec la ligne éditoriale des salles… » note un producteur français. Un film est financé par une télé en fonction d’une logique d’antenne, en fonction de la place qui lui est assigné d’avance dans la grille. La logique du final cut inconnue jadis dans la notion du cinéma d’auteur est l’expression du pouvoir exorbitant du directeur de programme qui a un œil sur le script du film qui lui et proposé et un œil sur le relevé quotidien du taux d’audience. « Résultat : ce n’est pas parce qu’un film a un vrai potentiel en salles, et qu’il séduit les exploitants  et les distributeurs, que la télévision va le financer ».

Un grand cinéphile, Serge Daney avait pointé du doigt cette métamorphose du langage cinématographique face au formatage télévisuelle dans un article au titre prémonitoire : « Comme tous les vieux couples, cinéma et télévision finissent par se ressembler ». Dès le début des années 80, avec la mode du tout audiovisuel, il avait relevé ou plutôt « senti » qu’un autre medium, une autre façon de manipuler les images et les sons, est en train de pousser dans les interstices du cinéma. Il établit un parallèle historique entre le sort que le cinéma avait réservé aux formes artistiques qui l’avaient précédé, théâtre, danse, littérature et ce que la télévision lui réserve ; les cinéastes se rendent compte que le cinéma avait perdu d’appétit et « qu’un monstre encore plus vorace est apparu ». Pour rester dans l’esprit de l’analyse de Daney, on peut dire que ce qu’on appelait jadis la dramatique, la vogue des téléfilms et autres unitaires aujourd’hui ont colonisé le cinéma. D’un point de vue esthétique s’entend. Qu’en est-il par exemple de la profondeur de champ qui avait permis au cinéma de pousser très loin la perception de la distance et de construire une configuration narrative et dramatique de l’espace. A la télévision c’est le zoom qui a pris la place. « le zoom n’es plus un art de l’approche mais une gymnastique comparable à celle du boxeur qui danse pour ne pas rencontrer l’adversaire ; le travelling véhiculait du désir, le zoom diffuse la phobie. Le zoom n’a rien à voir avec le regard, c’est une façon de toucher avec l’œil… ». Le cadrage s’adapte à la nouvelle lucarne : peut-on parler de champ et de hors champ à la télévision ? Une dialectique neutralisée par la ligne de fuite réduite par les limites de l’image. Un grand cinéaste John Boorman avoue que dans ses films, de plus en plus,  il mettait en scène l’action au centre de l’image anticipant ainsi son passage à la télévision pour que rien ne se perde. « La télévision c’est le règne du champ unique » ou encore la mise en œuvre de la grammaire de base, le champ contre- champ…

Pour sa part le professeur Alain Bergala élabore une théorie de différenciation à partir d’un constat/exercice auquel nous sommes tous invités : quand je suis devant ma télé et que je zappe, je vois tout de suite si je suis devant un film de télévision ou devant un film de cinéma ». Le critère qui permet la différenciation passe par le jeu des acteurs : à la télévision sont acculés à l’instantanéité des sentiments ; à afficher immédiatement leur rôle : la principale différence n’est pas la lumière ni le découpage mais le jeu. Un téléfilm mise tout sur chaque instant, un cinéaste, encore vierge de la pratique télévisuelle, mise sur le temps.

 

mardi 12 février 2013

Festival national du film


Chronique d’un festivalier solitaire

Première journée de la compétition officielle riche en enseignements ;  elle confirme des tendances et annonce,  en filigrane,  des pistes d’avenir. Elle dit aussi les cases à remplir, les vides à combler…  Les trois cinéastes qui ont présenté leurs films expriment des parcours professionnels et culturels différenciés pour venir au cinéma. Ils  disent cette diversité générationnelle et artistique qui alimente le dynamisme de notre cinéma.
Les constantes sont là  aussi comme cet ancrage dans la thématique sociale, très forte dans Malak et Hors zone et médiatisée  par la légende dans Agherrabou. C’est un atout majeur qui assure à notre cinéma une forme de légitimité sociale sanctionnée très tôt dans les années 90 par l’accueil du public et l’adhésion populaire. Reste à conquérir et à construire la légitimité artistique. A ce niveau c’est un cheminement inédit qui ne résulte d’aucune recette magique ; c’est la résultante de plusieurs paramètres et de nombreux facteurs dont celui fondateur de l’engagement du cinéaste lui-même au service de son art et de sa passion pour dire le monde par les images et le son en les inscrivant intelligemment dans son environnement culturel voire mythologique.
Cela nous donne alors cette variété d’approches et de démarches esthétiques. Douguena par exemple met en avant la question sociale à travers la concentration de son récit sur le devenir des gens du troisième âge pour transformer son film en réquisitoire contre les jeunes couples qui abandonnent leur vieux et contre la société en général avec les risques du coût esthétique et artistique que cela peut générer…Chez Kelaï, le social passe par un sujet sensible, celui des jeunes mères célibataires ; sensible et souvent tu car renvoyé par la doxa dans le hors champ social. Le travail du cinéaste consiste alors à ne pas verser dans la redondance médiatique ou à faire concurrence à la télévision compassionnelle  mais à dire le non dit ; à rendre visible le non visible à travers la mise en scène d’un espace social et physique hostile et surtout par la construction d’un personnage qui va jusqu’au bout de ses choix. Le plan final de Malak qui garde son enfant est un hymne au sujet/individu dans le contexte d’une société qui l’accule à l’hypocrisie du consensus et du « qu’en dira-t-on ». Le tout dans une démarche qui aspire à s’inscrire dans la cinéphilie…
C’est, entre autres, le pari, réussi jusqu’à un grand niveau, par Ahmed Baidou et son film amazigh, Agherrabou. La première réussite du film, et donc pour le festival, est la réponse pertinente qu’il apporte au débat sur la présence du cinéma amazigh. Avec Agherrabou, on sort du débat stérile sur la question du « quota » pour le film amazigh ou sur la nécessité d’une discrimination positive au bénéfice de ce cinéma. Agherrabou nous dit tout simplement qu’un film amazigh peut s’imposer par ses qualités intrinsèques. Le film amazigh offre alors à notre cinéma un nouveau redéploiement dans son espace géographique, symbolique et professionnel. Agherrabou montre en effet toute la richesse du patrimoine amazigh, la poésie d’une langue et la découverte de nouveaux talents comme ses deux vétérans qui ont joué Amghar et Ifis. Le film offre dans ce sens une belle métaphore du devenir du film amazigh à travers l’image de la barque (Agherrabou en amazigh) : c’est une œuvre en construction qui finira par rejoindre le grand large sous les youyous de la tribu réconciliée.

Cinéma et télévision : trahison ou mariage de raison
La télévision s’offre cette année une visibilité particulière  dans la programmation du  festival national du film.  A travers bien sûr sa couverture de l’événement en tant que média incontournable : combien d’événements officiels sont retardés voire carrément annulés parce que les caméras de la télévisons n’étaient pas là ou n’étaient pas encore prêtes. Combien de ministre et de haut responsable qui avant d’entamer son activité officielle s’enquit d’abord de la présence de la caméra « jaou shab télévionne »…Bref c’est le média ordonnateur de notre temps social et de notre environnement…Au point de formater les désirs et les mœurs….y compris dans notre rapport au cinéma.
Mais, la question qui s’est posée avec une certaine insistance, ces premiers jours du festival,  concerne la présence de certains films en compétition officielle qui affichent clairement leur ascendance télévisuelle (des productions de la société nationale de télévision). Mais l’interrogation va bien au-delà de la question du mode de production et de l’économie du cinéma pour aborder la question du devenir esthétique et artistique du film. « Sommes-nous en face d’une métamorphose du festival devenu festival des téléfilms ? » s’interroge un cinéphile, avec angoisse sur sa page facebook. En fait, si métamorphose il y a, elle concerne au-delà de la simple programmation du festival pour toucher à ce qui fait son âme, l’écriture et l’esthétique des films. Et à ce niveau les frontières ont commencé à s’éclipser depuis longtemps : il est de plus en plus difficile de tracer une ligne de démarcation nette entre film de cinéma et film de télévision quand nombre de films de cinéma sont structurés par une esthétique télévisuelle. Un grand cinéphile, Serge Daney,  avait pointé du doigt cette métamorphose du langage cinématographique face au formatage télévisuelle dans un article au titre prémonitoire : Comme tous les vieux couples, cinéma et télévision finissent par se ressembler ! Un grand cinéaste, John Boorman, avoue que dans ses films, de plus en plus,  il mettait en scène l’action au centre de l’image anticipant ainsi son passage à la télévision pour que rien ne se perde. « La télévision c’est le règne du champ unique » ou encore la mise en œuvre de la grammaire de base, le champ contre- champ…
Pour sa part, le professeur Alain Bergala élabore une théorie de différenciation à partir d’un constat/exercice auquel nous sommes tous invités : quand je suis devant ma télé et que je zappe, je vois tout de suite si je suis devant un film de télévision ou devant un film de cinéma ». Le critère qui permet la différenciation passe par le jeu des acteurs : à la télévision, ils sont acculés à l’instantanéité des sentiments ; à afficher immédiatement leur rôle : le bon, le méchant… La principale différence n’est pas la lumière ni le découpage mais le jeu. Un téléfilm mise tout sur chaque instant, un cinéaste, encore vierge de la pratique télévisuelle, mise sur le temps. La philosophe Marie-José Mondzain approfondit l’analyse en précisant que les acteurs à la télévision sont dans la communication ; « ils sont dans une rhétorique – de l’émotion, de la justice, de la prostitution, la malhonnêteté, la méchanceté…- qu’ils personnifient, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de jeu : ils n’incarnent pas une question… ». Sa conclusion est fondatrice d’une distinction génétique : à la télévision, il n’y a pas d’invisible (prédominance de l’approche didactique), alors que le cinéma travaille de l’invisible. Une grille de lecture pour la suite du programme…

Fiction-documentaire : Jeux sans frontières


La question est récurrente et elle accompagne le cinéma depuis quasiment sa naissance : le réel et le fictif ou en termes de genres : le documentaire et la fiction. Lors de son éblouissante leçon de cinéma, Edgar Morin était parti l’année dernière du postulat de l’existence de deux pôles ; le pôle du réel et le pôle de l’imaginaire pour relever qu’entre les eux il y a la fiction qui se nourrit souvent de l’un ou de l’autre. La première caméra des frères Lumière avait ouvert la voie à la tendance réaliste quand quelques années plus tard, Méliès installait les premiers ingrédients d’un cinéma de l’imagination, du rêve et du voyage vers la lune…Depuis, l’évolution du cinéma n’a été que des variations au sein de la même formule offrant à telle tendance ou telle autre des moments forts de grande création.
Une création qui n’hésite pas parfois à jouer à brouiller les pistes et à transcender les frontières entre les genres. Métaphoriquement le film de Farida Benlyazid en compétition officielle est intitulé Frontieras. C’est une indication sur le référent du film qui aborde d’une manière originale la question du Sahara mais c’est aussi une piste de lecture sur le genre proposé : parti d’une idée de documentaire, le film propose une structure bicéphale avec un volet documentaire et un autre fictionnel  pris en charge par le jeu des interprètes qui sont là pour donner au réel une dimension qui transcende celle des actualités télévisées : faut-il pour échapper à la structure figée du reportage mettre une dose de fiction dans le documentaire ? Une forme de dopage ! N’oublions pas alors de préciser dans ce sens que ce que l’on appelle le docu-fiction est un enfant de la télévision ! Chassez le loup par la porte il revient par la fenêtre ? Brouillard ? 
La séquence d’ouverture du film, Imlchil, de Hakim Belabbès nous offre une figure métaphorique qui va dans le sens du débat à savoir celle des essuie-glaces qui tentent de dégager un peu de visibilité pour les protagonistes partis sur la piste de la légende d’Isli et de Tislit. Le pare-brise de la voiture inondée d’eau tient lieu de l’écran de réception et reflète notre horizon d’attente encore dans le flou ! La suite du film tentera de dégager un peu de visibilité sur le sujet du film mais aussi sur sa nature : est-ce un documentaire ou une fiction ? Deux comédiens prennent en charge la question jusqu’à un certain moment de saturation quand la jeune comédienne téléphone à son réalisateur pour lui dire que son  projet (dans lequel le spectateur était aussi impliqué) ne tient pas la route et décline son offre nous renvoyant la balle pour continuer notre débat intérieur.
Femme hors la loi de Mohammed Elaboudi aborde frontalement le sujet en installant au cœur de son projet documentaire un sujet fort à savoir un « personnage » à forte consistance dramatique avec moult rebondissements. Tout l’art du documentaire consistera à rendre cette essence en passant par les outils…de la fiction. Elaboudi fait du documentaire avec le langage de la fiction. Le hasard de la programmation fait que, à cette tranche de vie documentée correspondent des œuvres qui relèvent de l’auto-fiction ; de l’autobiographie filmée : Chroniques d’une cour de récré de Brahim Fritah et Tanjoui de Moumen Smihi. Là,  c’est la fiction qui se sert à partir de la boîte à outils du documentaire. Pas de réserve !

La ville du film
Le cinéma est un art de la ville. La genèse urbaine du cinématographe est un fait avéré.  Les premiers opérateurs ont filmé des rues ; une gare ; la place de l’Opéra à Paris…La ville et le cinéma vont d’ailleurs former un couple dynamique qui fonctionne et qui produit : la ville moderne va accompagner le développement du cinéma ; et le destin du cinéma sera inscrit dans le destin des villes. Les mutations qui touchent l’une vont concerner de très près l’autre…Chez nous, la crise des salles de cinéma n’est-elle pas l’expression de la crise des schémas urbains et de l’absence d’une vraie politique de la ville ?
La ville, cependant, ouvre une autre piste pour aborder l’évolution du cinéma marocain : son rapport à l’espace narratif du film. Ecrire l’histoire de l’évolution de film marocain, c’est exprimer l’histoire de l’évolution de son rapport à l’espace. Une hypothèse pourrait présider à cette écriture, elle émane d’un constat empirique : les plus grand succès du cinéma marocain, je veux dire en termes de chiffres de box office,  sont les films de «  l’urbanité » ; ceux justement qui sont portés par des récits urbains, par des personnages ancrés dans l’espace de la ville, essentiellement Casablanca. Cela va du succès du début des années 80, Larmes de regret de feu Hassan Elmoufti à Casanégra de Noureddine Lakhmari en passant par Un amour à Casablanca de Lagtaa et Marock de Leila Marrakechi.
C’est une donne essentielle quand on sait que la programmation de la 14ème édition nous propose des films qui enrichissent le débat : dans Malak, Zéro, Youm oulila, Chevaux de Dieu…la problématique de la représentation de l’espace et de l’espace de la ville en particulier joue un rôle déterminant dans la construction du récit filmique.
Le moment alors pour proposer une autre hypothèse à enrichir par des analyses plus poussées : l’installation du cinéma marocain au sein de l’espace public est la résultante de l’installation du récit filmique dans l’espace tout court. Notre cinéma s’est sédentarisé est par ce bais, il a eu le temps de rencontrer son public : les premiers grands succès de cette rencontre réalisée dans les années 90 portent comme titre Un amour à Casablanca (l’ancêtre dramaturgique de Casanégra) et A la recherche du mari de ma femme. Le film de Tazi présente d’ailleurs un cas de figure intéressant pour notre hypothèse. La première partie largement installée dans la Medina réduisant la quête d’Alhaj à quelle déambulations dans les ruelles de la ville ; quand les scénaristes ont fait bouger le récit dans la deuxième partie, le film n’a pas eu les mêmes échos chez le public (l’explication par le rapport à l’espace n’est pas exclusive).
Cette sédentarisation du récit filmique marocain n’a pas été acquise d’emblée ; notre cinéma à l’instar des cinématographies nationales similaires est né sous le signe de la dichotomie de l’espace : la ville versus la campagne. Pendant longtemps, le récit filmique voyageait entre deux espaces proposant par conséquent un héros clivé partagé entre l’ici et l’ailleurs. Cet ailleurs a été illustré par un désir de rejoindre la ville, horizon d’une vie différente. La figure emblématique de cette dualité a été sans conteste Abika, le personnage principal du film Les cendres du clos (film collectif, 1976).
La ville qui a été le hors champ désiré, sublimé des années 70 de notre cinéma, entre dans le champ et deviendra le paradigme de la nouvelle écriture dramatique et de la nouvelle errance, le personnage de Yezza dans Youm oulila…. 
Il était une fois Tanger 1995…

L’histoire du FNF trace  en filigrane l’histoire contemporaine du cinéma marocain ; l’évolution de celui-là dit avec éloquence l’évolution de celui-ci. Il en est le thermomètre,  la vitrine et somme-toute le bilan de santé ; l’état des lieux. Depuis quelques années d’ailleurs, le CCM a introduit une nouvelle séquence dans la programmation du festival où il présente le bilan chiffré de l’année cinématographique écoulée. Le bilan esthétique, lui, a déjà commencé dans les discussions, souvent of, dans les différents sites du festival. On n’hésite pas à comparer le rendu  de cette année avec celui des précédentes éditions.
Le hasard de la programmation a ainsi réuni pour les deux derniers jours de la compétition officielle, deux cinéastes qui avaient fait leur baptême de feu lors d’une édition historique du festival national du film, celle de Tanger 1995. Il s’agit de Nour-Eddine Lakhmari et Nabyl Ayouch. En anticipant sur l’issue du festival et l’inconnue du palmarès on peut déjà souligner avec force que Tanger 2013 est la consécration de Tanger 1995, en termes de générations s‘entend. La profession du cinéma avait eu l’intelligence d’ouvrir la programmation du festival aux jeunes marocains de la diaspora. Ce fut alors l’événement de la quatrième édition avec l’arrivée dans la  compétition officielle du court métrage de plusieurs noms qui forgeront très vite une brillante carrière professionnelle et surtout ouvrant la voie à une dynamique qui est aujourd’hui une des plus illustres de la région et du continent. Deux films aujourd’hui à Tanger sont l’emblème de ce renouveau et cet apport générationnel qui est aussi un enrichissement artistique et esthétique : Chevaux de Dieu de Nabil Ayouch et Zéro de Nour-Eddine Lakhmari. Zéro  inscrit son drame dans une configuration urbaine, très marquée esthétiquement, Lakhmari renoue avec une forte tradition qui a influencé tout le cinéma international et en partie la filmographie marocaine notamment autour de ce que l’on qualifierait « les cinéastes de la chaouia » : essentiellement les frères  Dekaoui, feu Reggab… Saad Chraibi, Hakym Noury et Hassan Benjelloun. Et surtout avec  Lagtaâ qui, avec Un amour à Casablanca,  avait, en quelque sorte, lancé l’ancêtre dramatique de Casanégra y compris en termes de réception publique et de polémique autour de certaines scènes ou de certains propos. Le système des personnages élaboré par Zéro nous offre, en outre, une démarche dynamique qui nous rappelle ce que les théoriciens du relationnel appellent « un triangle tragique ». Nous avons  le pôle du persécuteur, le pôle de la victime et le pôle du sauveur. Ce n’est pas un schéma figé. En effet, le protagoniste part de l’un des pôles ; l’antagoniste de l’un des deux autres…Les personnages se déplacent sur le triangle, changent de rôle, entrent en interaction avec un sauveur éventuel.
Dans Les chevaux de Dieu, Nabil Ayouch construit un dispositif  autour de trois problématiques essentielles dans notre paysage culturel : le rapport de l’art au factuel, sinon à l’actualité politique directe, en l’occurrence les attentas de Casablanca en mai 2003 ; le rapport du cinéma et de la littérature avec une adaptation du roman de Mahi Binbine ; la troisième est celle des acteurs. La force du film de Nabil Ayouch est qu’au cœur de ces trois questions, il nous fait des propositions cinématographiques : l’éthique fondatrice de ses choix est d’abord une question esthétique (approche mise en avant déjà et avec brio dans Ali Zaoua). Cela nous met dans la possibilité de formuler des hypothèses de lecture. La première concerne les acteurs : avec la prestation des « comédiens » des Chevaux de dieu on peut dire qu’il n ya pas d’acteurs, il n’y a que de la direction d’acteurs.
Sur la structure du film qui me paraît fonctionner autour de l’articulation de trois moments : le moment sociologique (la mise en place des protagonistes ; l’explication en somme) ; le moment pédagogique (l’initiation à la nouvelle idéologie) et enfin le moment politique (avecle passage à l’action)…nous y reviendrons dans plus de développement
 Bilans et grille de lecture
Les bilans se succèdent et ne se ressemblent pas ; ils sont Néanmoins un moment important de la vie sociale. Pour le festival national du film, depuis quelques années, une séquence est entièrement dédiée à la présentation chiffrée du bilan de l’année. Une pratique arrachée de haute lutte tant la culture de la transparence était un fait inédit et les chiffres, par exemple,  des entrées étaient maintenues dans le secret,  circulaient sous le manteau et livrées au compte goutte. Aujourd’hui quasiment tous les départements de la production et de la profession livrent leurs chiffres à l’opinion publique pour juger sur pièces et non sur des rumeurs.
Cependant, le cinéma ce n’est pas seulement des chiffres et des statistiques, c’est aussi une pratique culturelle, un discours aux connotations sociales. A ce niveau, on peut relever sans risque d’erreur et en termes de bilan, que le discours sur le cinéma, et la cinéphilie d’une manière générale ont plutôt enregistré une régression générale. Je ne dirai même pas un retour en arrière car la cinéphilie avait connu son âge d’or dans un passé pas très lointain portée par la dynamique des ciné-clubs et par la vivacité du paysage culturel d’une manière générale. L’espace réservé à la culture cinématographique se rétrécit au bénéficie du discours anecdotique et du fait divers sensationnel
Cette régression trouve sa parfaite illustration dans le discours critique avec l’émergence d’une  pratique critique insolite : parler d’un film sans l’avoir vu !!!!! Cela ne date pas d’hier, il est concomitant à l’irruption du cinéma marocain dans le champ social comme expression de l’imaginaire. C’était déjà le cas avec Marock et cela revient chaque fois qu’un film bouscule l’horizon d’attente du spectateur formaté par le langage audiovisuel et la nouvelle culture dominante dans les relations sociales.
Et pourtant, une cinématographie émergente ne peut se développer et s’épanouir sans un discours d’escorte qui  éclaire ses zones d’ombre, prolonge dans l’espace public ses interrogations et ses postulats esthétiques et artistiques. C’est d’autant plus vrai que notre cinéma offre une diversité d’approches et de traitement artistique dans les sujets et des thèmes abordés.
La nouvelle édition du FNF a proposé une programmation qui va dans ce sens. L’enjeu étant de trouver la grille de lecture adéquate pour capter cette diversité. Une grille de lecture mouvante et flexible car lire un film n’est pas une pratique de laboratoire mais juste une tentative « parfois vaine de définir l’amour » ou le désamour pour un film.
C’est ainsi qu’on peut voir dans les films les traces de la démarche du réalisateur ; on peut alors détecter «  le cinéaste avocat », celui qui s’en va défendre une cause ( celle des  vieux abandonnés par exemple) ; le cinéaste-conteur qui s’applique à nous raconter et transmettre le plaisir d’une histoire (Aguerrabou, La lune rouge, Youm oulila….) et le cinéaste architecte qui construit avec les outils du cinéma un univers propre (Khouya, Chronique d’une cour de récré…)
Sinon, on peut partir des films et voir le dispositif qu’ils mettent en place pour nous impliquer dans le discours filmique ; la mise en scène étant généralement, et à la base, la mise en scène d’un regard. On a alors une nouvelle grille de lecture   avec des films que l’on regarde c’est-à-dire qui restent au niveau physiologique de l’œil (Elferdi) ; des films que l’on voie ; au sens quand on dit « je vois » pour dire j’ai compris (Zéro, Les Chevaux de Dieu) et qui impliquent une dimension intellectuelle, un échange avec le spectateur ; et il y a les films que l’on contemple, ceux qui nous transportent dans un au-delà (Imlchil, Khouya…)









mercredi 2 janvier 2013

télé-critique

La caméra pudique de 2M et la cravate du ministre
questions de corps
Une autre illustration de la problématique de la représentation médiatique du corps, et du corps féminin, surtout nous a été fourni lundi, lors de la traditionnelle soirée de fin d'année sur 2M. un menu riche a été concocté à l'occasion, composé essentiellement de variétés issues du répertoire populaire mais massacrées par le rythme imposé par le flux télévisuel; on a fait dans le trop plein plus que dans le respect du rythme inhérent à chaque style. bref, un touche à tout pour faire plaisir aux...annonceurs! le contrat est rempli; on distribue quelques cachets et puis basta...l'art en soi n'est pas le sujet préféré d'une certaine télévision ( à côté la chaîne émiratie Dubaï, pour clore l'année, a présenté in extenso un concert de musique classique!!!!!). 
Parmi les variétés proposées ce soir-là donc, sur 2M, il y avait la sympathique troupe des Frères Bouazzaoui qui réhabilitent avec classe et savoir faire la grande tradition de Aïta; en fait la troupe à elle seule méritait une soirée entière. Pour clore leur hâtive prestation, deux magnifiques danseuses de la troupe, sont sorties des rangs et sont passées faire un numéro de danses spécifiques comme cela se fait dans tout cérémonial des cheikhates. c'est ainsi que nous avons assisté alors à un jeu de cache cache entre ces corps qui proposent des ondulations évocatrices et les caméras de 2M. hésitant sur le point de vue à adopter: comment filmer le corps sans verser dans la vulgarité ni dans la fausse pudeur? incapable de trouver la réponse, la caméra de 2M se réfugie alors dans zooms absurdes tantôt sur le violon d'un des musiciens, tantôt sur le visage de l'un des frères Bouazzaoui alors que l’essentiel se déroulait ailleurs. un plan d'ensemble, alimenté de judicieux mouvements de caméra aurait permis de donner à cette belle séquence une dimension esthétique télévisuelle sans amputer la séquence de son climax!
ce n'est pas le geste de la danseuse qui crée la gêne, c'est le regard que l'on porte sur lui. la pornographie est une construction de regard, une mise en scène du corps! les régisseurs de la soirée de 2m préfèrent, dans une démarche de faux dévots, évacuer le problème en enfermant le corps dans le hors champ. une manière peut-être de développer l'imagination chez des spectateurs frustrés.
cravate encore!
on ne peut pas dire que la prestation du ministre de la communication mardi soir sur tvm était entièrement à sa faveur. globalement d'ailleurs on peut dire que notre jeune ministre de la communication souffre d'un déficit de... communication. on sent qu'il est mal conseillé, mal coaché comme on dit aujourd'hui...à commencer par le niveau de l'image et de ce que les théoriciens classent dans le langage silencieux: les gestes, les costumes.../ on ne vient pas dans une émission de télévision, émission phare du débat politique (ça c'est un autre sujet: l'impact des débats télévisés sur le débat public est une vaste problématique qui touche le coeur  de la démocratie) sans une attention particulière à...la couleur de sa cravate. certes, mettre une cravate relève déjà, d'après certaines analyses, des concessions faites par nos islamistes au devoir d'intégration au système démocratique en vogue dans le monde. un effort qui ne s'arrête pas là parce que cela suppose aussi d'autres efforts de conformités aux règles de la circulation de l'image d'une personnalité publique. ici, il y a déjà  un problème de congruence avec la ligne éditoriale vestimentaire de l'animateur de l'émission qui a avait appelé, aux débuts de lancement de l'émission solennellement ses invités officiels à laisser leur cravate aux vestiaires , la cravate étant a assimilé dans l'imaginaire des gens à la langue de bois, au discours officiel...mais on ne peu pas dicter à son ministre de tutelle la règle de conduite vestimentaire même si une remarque s'imposait sur la correspondance des couleurs avec les choix de lumière sur un plateau devraient un service offert gracieusement aux invités qui ne font pas la différence entre passer à la télé et être invité chez ses voisins. cette question de couleur n'est pas fortuite: elle génère du bruit (au sens communicationnel) et crée une sorte de diversion du regard.
ceci est d'autant délicat que son principal contradicteur, Soufiane Khairate, était venu dans une tenue décontractée et un look jeune.
face à ce jeune loup ittihadi, formé à la bonne école de Mohamed Elgahs, M. Elkhaklfi a adopté une tactique non adaptée au contexte.  il a joué, pour user d'une métaphore footballistique, à la Mourinho: sous tension, pressé de marquer des points. si j'étais son coach, je lui aurai plutôt conseillé de jouer à la Gardiola- Vilanova: garder au maximum la balle/la parole; ne jamais être sur la défensive; jouer la séduction et chercher à marquer des points par accumulation et non par KO. le match, pardon, l'enjeu était pour lui facile d’autant plus que politiquement il avait des arguments plus solides: son parti vient de remporter haut la main les élections partielles et les Marocains soutiennent dans leur majorité le programme de réforme de l'actuelle majorité. 
alors un conseil si elkhalfi: regarder de temps en temps les matches du Barça et les frères Bouazaoui...on live et non sur vos chaînes de télévision

jeudi 20 décembre 2012

le journal de dubai


Le voyage fut long, très long. J’ai quitté chez moi à 9h30, le lundi pour atterrir finalement dans ma chambre d’hôtel – le Jumeirah beach- à 4h du matin du lendemain. Le trajet en soit ne fut pas très pénible. L’avion a décollé avec un léger retard, c’est un Boeing immense,  l’un des derniers 777. Beaucoup de monde mais les sièges à côté de moi resteront inoccupés. Je vais m’apercevoir beaucoup plus tard que ce sera une bonne chose pour… mes jambes.
Je m’occupe un temps à admirer le ciel marocain et surtout les cimes enneigées du moyen atlas...et puis c’est la vitesse de croisière et la nuit ; j’imagine la méditerranée en dessous, toujours chargée de récits tragiques et, ici et là, de lueurs de lumières. Je somnole un peu ; puis je me résigne à consulter les programmes de divertissement offerts par la vidéo de bord. Je clique sur le menu cinéma ; je trouve non sans plaisir un film marocain dans la liste proposée. Il s’agit de Mains rudes de Mohamed Asli ; ce n’est pas son meilleur. Je revois la belle séquence d’ouverture, très cinématographique et qui s’arrête pour moi avec la scène de l’arrivée de Bastaoui et son collier de beignets. Après, ce sera un téléfilm plein de stéréotypes en termes d‘images ; et très conservateur en termes culturels. Je zappe vers les spécialistes du divertissement : je commence avec le film égyptien 6 7 8, sur le harcèlement sexuel dont sont victimes les femmes dans les moyens de transport publics ; je retrouve les mêmes points forts classiques du cinéma du Nil : scénario bien structuré, cast de choix et moralisme gratuit. J’enchaine avec deux films américains, Seeking justice avec Nicholas Cage et the Hunter avec William Defoe. Cela me mènera sans m’en rendre compte jusqu’ au terrain d’atterrissage de l’aéroport de Dubaï. Il est 2h du matin locales, 22h à Casablanca ! Bonjour le décalage horaire.
L’accueil est personnalisé. Type VIP. Je suis dans le même avion avec l’équipe du film de Zéro, Nour-Eddine Lakhmari en tête, accompagné de ses acteurs Si Mohamed Majd et le jeune et prometteur Anas Bouab. L’aéroport est immense comme est vaste l’autoroute rapide qui mène à l’hôtel. Pourquoi des petits pays en termes de superficie, s’adonnent à  des projets gigantesques, pharaoniques : des tours, des hôtels… tout est grand alors que chez nous avec un espace plus grand nos autoroutes sont étroites, nos aérogares exigus. Il faut chercher l’explication, peut-être du côté de la psychanalyse et de l’anthropologie culturelle ; je suis convaincu que le pétrole n’explique pas tout. Je suis frappé par le calme et la sérénité des gens sur place. Pour moi qui viens d’une ville bruyante, c’est mon premier dépaysement. Quand  je dis les gens, je parle de rares autochtones rencontrés car tout le personnel est asiatique. Depuis l’aéroport, tous les services sont demandés en anglais.
La première nuit, je la passe non pas dans une chambre mais dans un vrai appartement. Je demande à changer ; c’est trop vaste ! Les baies vitrées de ma nouvelle chambre donnent sur le Golfe et sur l’incontournables Bourj Alaarb que l’on voit de partout.
Ma première journée se passe à découvrir les sites du festival et à rencontrer mes amis : des Libanais, notamment le cher Hauvick qui passe d’un festival à un autre à travers la planète comme on tourne les pages d’un magazine de cinéma…des Egyptiens, des Tunisiens, des Camerounais, des Algériens et des Marocains aussi. Il y a, en effet, une importante présence marocaine, des cinéastes (il y a au moins trois films en compétition) des professionnels de la production et de la distribution ; des cinéastes de la diaspora…Une remarque qui ne veut rien dire peut-être : j’ai constaté que les festivals du Golfe (Dubaï, Abu Dhabi, Doha) aiment beaucoup inviter les cinéastes d’origine marocaine installés dans différents pays du monde ; cela apparaît aussi au niveau des palmarès…Bizarre,
Pour accéder aux salles de projection, le badge ne suffit pas ; il faut aller prendre son billet à l’avance. Un journaliste dûment accrédité doit en permanence aller réserver ses billets au risque de rater des films importants. Si l’on prend son billet et on « oublie » de se présenter à la projection choisie, on reçoit un message de rappel et d’avertissement. Si cela se répète, l’accréditation est tout simplement bloquée. C’est presque du contrôle scolaire mais je trouve que c’est une forme de rigueur pertinente qui conviendrait a nos festivals où les gens se prennent pour des invités de centres de vacances et viennent dans les salles un peu par hasard sans aucun effort. Pour la première séance du film Zéro,  impossible de trouver son billet. J’avais presque envie, ayant déjà vu le film, de dire merci à la jeune indienne qui me signala l’information ; c’est toujours un plaisir de voir l’engouement du public pour un cinéma différent. Cet intérêt se répétera aussi pour la deuxième projection : apparemment ici aussi Lakhmari a son public.
Mon film de la journée est un film égyptien atypique, Moondog ; il signe le retour de Khairi Bichara au cinéma après une longue éclipse. Je suis allé le voir avec un réel plaisir ; Bichara  est une figure historique de ce que la critique avait présenté comme le nouveau cinéma dans les années 70 ; son film Collier et bracelets avait beaucoup circulé dans les ciné- clubs. Ici,  il renouvelle complètement de registre, embrasse la nouvelle technologie de prise d’images et offre ce que je qualifierai, faute de mieux, d’un ciné-journal de ses années américaines, mettant en scène des membres de sa famille et où il s’imagine être incarné dans un chien. Les images sont belles et la bande musique est tout simplement sublime ; mon amie, la productrice marocaine Lamia Chraibi, me précise que c’est le fils de Bichara qui a composé la musique du film. Chapeau !
Devant le gigantisme ambiant, la débauche de moyens....IMPRESSIONNANT est le mot que ne cesse de répéter le touriste qui sommeille au fond du cinéphile. J’apprends de la part d’un collègue libanais, vieux routier de la critique, longtemps installé à Londres et New-York et qui a finalement choisi Dubaï comme destination de résidence, que la capitale émiratie est classée 78 sur 200 comme ville agréable à vivre ; et elle est première ville arabe,  suivie d’Abu Dhabi. Un peu jaloux, je ne cherche même pas à savoir le classement de ma ville chérie, Casanégra... heu… pardon, Casablanca. Au petit déjeuner, mon ami algérien est plus sceptique : au moins ici, dit-il, on voit où va l’argent du pétrole ! Il sait de quoi il parle. Dubaï est une vraie leçon de choses pour nous maghrébins...Au cinéma, c’est une autre histoire. Dubaï est équipée en salles multiplexes ancrées dans de gigantesques centres commerciaux. Pour une population dix fois moins que la population du Maroc les Emirats comptent 299 écrans, dix fois plus que nous ! Les conditions de projections sont plus que correctes ; la qualité de l’image et du son est impeccable mais les odeurs de nourritures fastfood polluent l’atmosphère. Le public est bon enfant. Dans le catalogue officiel du festival, je suis surpris de voir  de curieuses précisions qui suivent chaque fiche du film ;  pour Zéro, par exemple, je lis (kalimat nabia. 3ary. Jinss, et il n’est pas le seul à être présenté ainsi) et il est interdit au moins de ...18 ans.  Un film porno le serait-il alors pour les moins de 40 ans?????? Mais attention, ces précautions de sagesse n’indiquent en rien une forme de censure, c’est juste une information pour les familles, sinon les films sont présentés dans leur intégrité comme ce très beau film portugais Tabou avec de belles scènes érotiques reçues dans la plus grande sérénité.

Sortant peu à peu des dommages collatéraux du décalage horaire, mon rythme de vision de films a atteint son rythme de croisière : je suis passé rapidement d’un film à trois films par jour...la programmation est importante (plus de 150 films), très éclectique et répond a des soucis multiples : les nouveautés internationales ; les compétitions arabes, afro-asiatiques et le cinéma émergent du Golfe et surtout le cinéma hindi omni présent, of course, la communauté du sous-continent indien est majoritaire au sein des populations immigrées.
Le cinéma marocain est présent avec force ; avec des surprises, agréables, comme ce documentaire, Femmes sans identité, qui nous vient de Finlande signé par le jeune Mohamed Laaboudi (il est de nationalité australienne, immigré en Finlande !!!!) ; le documentaire suit sur deux ans, avec délicatesse et empathie le destin tragique d’une jeune mère célibataire acculée, par l’intolérance et la bureaucratie, à vendre son corps. Le film restitue avec humanité, les gestes d’une mère désabusée et d’une femme écrasée. Femmes sans identité, retenez bien ce titre: il fera beaucoup de bruit. J’espère qu’il sera retenu pour la prochaine édition du festival national du film. Hakim Belabbes continue son rythme régulier de présenter un nouveau film et une nouvelle démarche ; nouvelle mais tout en gardant le cap d’un nouveau cinéma qui transcende les frontières des genres et des modes de production. Dans ce sens, son nouveau film, Vaine tentative de définir l’amour, est un délice comme un biscuit léger et tonique. Cette forme presque ludique de faire du cinéma en interrogeant sans cesse les outils du cinéma aborde ici des questions stratégiques en termes de construction de scénario, de direction d’acteurs, de rapports au réel, et de positionnement par rapport à l’imaginaire d’une société ; le prétexte cette fois est la légende d’Isli et de Tislit. Cette belle histoire de dépit amoureux qui donna lieu a des flots de larmes donnant naissance à deux lacs situés au milieu de hautes montagnes ; le film est un hommage à cet espace et aux hommes (et femmes) qui l’habitent. Quant au récit lui-même, il se construit devant nous en amont avec la recherche du sujet : cette histoire de conflit tribal empêchant un mariage entre jeunes amoureux a-t-elle eu vraiment lieu? La population interrogée est sceptique. On pense alors à John Ford de Liberty Valance qui dit entre la légende et les faits, gardez la légende. Hakim choisit de la mettre en scène ou plutôt de la mettre en épreuve en demandant à ses acteurs (les deux sont de magnifiques trouvailles) de la mettre en scène. Exercice délicat qui aboutit à l’impasse et à une forme d’autocritique: le téléphone que le cinéaste reçoit de sa comédienne à la fin du film dans le film est un vrai bilan en forme de miroir sonore !
Je sors d’un beau film algérien Yemma de Jamila Sahraoui, véritable tragédie antique ayant pour décor les Aurès de l’est algérien où une mère est confrontée au dilemme tragique de deux fils partagés par la guerre civile...je sors de ce film pour rattraper le débat de Lakhmari dans une salle à côté. La salle est comble pour cette deuxième présentation du film. Lakhmari, Majd et Bouab sont félicités et le débat revient sur l’éternelle question du rapport du cinéma et du réel. Un marocain résident à Dubaï, se soucie de l’image du Maroc véhiculée par ce genre de films. On sent que la télévision est passée par là ayant phagocyté le regard et formaté les modes de représentation. Lakhmari et ses comédiens se défendent bien. De toutes les façons, tout le monde relève  l’originalité,  la diversité du cinéma marocain et surtout sa liberté de ton. Ceci dit beaucoup de boulot nous attend: et le monde lui n’attend pas.

Dîner chez Paul. Non, ce n’est ni à Rabat, ni à Casa ; mais c’est au sein de cet immense mall émirati, véritable ville dans la ville, que je tombe enfin sur ce coin relativement francophone. Une aubaine pour moi dont l’anglais est juste utilitaire ; trouver des indications en français  sur la carte me soulage un peu ; mais c’est en anglais qu’il faut s’adresser au personnel....coréen. Comme partout, l’anglais est de rigueur. Il faut, en effet, souligner  cet aspect plus que positif de la tolérance linguistique qui caractérise les rapports humains à Dubaï. L’anglais est dominant : la présentation des films, les débats qui suivent les projections, les sous-titres des films...tout est en anglais. Quand je pense à la guerre civile linguistique permanente que nous vivons au Maghreb, je comprends en partie pourquoi nous sommes en retard et pour quoi ils se sont développés (pour reprendre la célèbre formule d’un des théoriciens de la Nahda  arabe). Peut-être que la proximité avec l’Inde y est pour quelque chose ; le pays et la nation qui a reconnu ses centaines de langues nationales et leur donne une place de choix dans l’espace public. Cette ouverture d’esprit en matière de langue est un aspect sur le rapport à l’autre notamment à l’expertise internationale qui est convoquée ici sans complexe. Le festival de Dubaï est dirigée par une tête pensante locale, notamment l’incontournable Massoud Amrallah Al Ali, le directeur artistique du festival ; l’homme qui voit 700 films par an. Personnage affable et d’une grande modestie que l’on croise partout et qui n’hésite pas à venir par exemple saluer un jeune cinéaste marocain pour le féliciter pour les qualités humaines de son film, avec des détails qui indiquent qu’il a effectivement vu le film ! Cette direction locale fait appel à des experts de nationalités différentes ; les conseillers du festival appartiennent aux quatre coins de la planète et le personnel actif est majoritairement libanais, égyptiens, syriens ...les Marocains arrivent et font leur percée...il y a une sorte d’imprégnation par le pragmatisme de la culture anglo-saxonne qui fait qu’on se situe plus du côté du résultat que de l’idéologie ... Un mode de gestion à méditer quand on sait que la compétition est appelée à être encore plus ardue entre les nations, les pays, les festivals. Bien sûr il ne s’agit pas d’être dupe, encore mois de faire preuve de naïveté ou encore de jouer à Alice au pays des merveilles.  Tout choix de gestion est porté par un choix de société voire de civilisation. Et là il ya beaucoup à dire mais ce n’est pas le sujet. Celui-ci étant comment parvenir à mettre de notre côté toutes les chances et toutes les expériences susceptibles de parvenir à notre propre modèle: efficace, tolérant et  humaniste. Est-ce d’ailleurs le message en filigrane du beau film japonais, The land of hope. C’est peut-être le premier film nippon post Fukushima. Il aborde la tragédie du Tsunami dans une approche intime, minimaliste. On sait que le Japon a été un grand  producteur de films catastrophes. C’est un cinéma qui a abordé toutes les tragédies imaginables : invasion, tremblement de terre, immersion...The land of hope est aux antipodes de cette approche, il filme les déchirures d’une famille de paysans éleveurs dont la ferme est située à la limite de la zone d’évacuation atteinte par les radiations émanant de l’accident nucléaire engendré par le tsunami. Un  vieux couple, leur enfant ainé dont la femme attend un bébé ; tout cela filmé avec humanité, peu de moyens, la catastrophe reste en hors champ et la déchirure omniprésente. Très beau dans son pessimisme même.
Dans cette boulimie de films, j n’oublie pas le court métrage. Oublié est, en effet,  un risque qui meuble l’horizon de ce format cinématographique surtout au sein de festivals gigantesques où il est écrasé par de méga évènements. J’assiste donc à un  module où se trouvent des films que j’avais vu à Tanger, notamment le  beau Valse avec Ismahane de Samia Charkioui et La route devant moi de Mahe (France). Ce sont les deux films qui se démarquent du lot de cinq films que j’ai vus ce soir-là. Le reste étant très approximatif ou très idéologique comme le film syrien. Par contre je découvre tard dans la soirée un film présenté au nom du Maroc, Casablanca mon amour de John Slaterry. C’est un film hybride, un vrai bricolage d’images ; se réclamant de la démarche du free cinema british mais le résultat est très décevant. Il est porté par l’intention de revisiter l’image du Maroc via son rapport à l’imaginaire hollywoodien. Il suit, pour ce faire, deux jeunes à travers le Maroc sous prétexte que l’un d’eux va retrouver son oncle. Quand il arrive, c’est  trop tard ! Cela peut être aussi la conclusion du film : pleins de contresens et de contre-vérités, il joue à fond la carte de l’ambiguïté ; utilisant le point de vue des deux personnages pour leur faire dire ce que le film ne veut pas ou n’ose pas dire (exemple : les propos sur le festival de Marrakech) ; le titre du film, très accrocheur, a ramené un important public de la communauté marocaine de Dubaï. Beaucoup d’entre eux se sont sentis piégés. Ils n’ont pas aimé le film et l’ont fait savoir avec virulence au réalisateur qui n’a pas daigné leur répondre. Comme dirait Mahmoud Darwich, il y a des amours dont on aimerait bien se passer.
C’est l’heure du bilan et du palmarès. Comme, je l’avais suggéré supra, c’est un film marocain de la diaspora qui a été distingué. Khoya (My Brodher) de Kamal Mahouti a obtenu, en effet, le prix du meilleur réalisateur arabe. Kamal Mahouti revient de loin. Ce projet qui lui tient à cœur remonte très loin. C’est le premier travail de ce cinéphile avant tout qui dirige un sympathique festival dans la région parisienne. Khouya est une double réflexion culturelle et cinématographique sur la question de l’identité. Un jeune peintre, issu de l’immigration marocaine, traumatisé par la perte d’un frère, tente de restituer sa mémoire et son moi à travers un conflit latent et apparent avec le père. La symbolique est très forte, parfois au premier degré. Le film reflète dans son écriture même cette dualité et cette perte. Le coût en termes de cohérence narrative et esthétique est patent. Le jury a été sensible à l’intention. Le Prix de la critique  internationale, Fipresci, est allé à Yemma de la cinéaste Jamila Sahraoui. C’est très cohérent, le film séduit par la qualité de ses images et la structure tragique de son scénario. L’Arabie Séoudite, dans un film coproduit avec les Emirats et l’Allemagne remporte le Prix du meilleur film arabe, Oujda, signé par Haifae Almansour, une touche sensible et un récit qui renvoie à l’univers d’une certaine esthétique du film d’enfant iranien.
La carte cinématographique du monde arabe n’est plus ce qu’elle était. La multipolarisation est née. Le monopole égyptien vole en éclats. Au Maghreb, au Moyen orient, au Golfe…la diversité creuse son sillon. Le retour, en somme, à une certaine logique de la géographie et de la culture.



dimanche 28 octobre 2012

weekend à Bruxelles

vendredi 26 octobre
il fait un temps splendide ce matin à Casablanca quand je quitte ma résidence vers l'aéroport; un peu froid, il vient de pleuvoir...du coup les gens qui reviennent de la grande prière de l'aid arborent un sourire qui annonce une journée de fête. de beaux habits, enfant, adultes, vieux...mais peu de femmes, elles sont restées à la maison . tous sont matinaux; normal le programme s'annonce chargé marqué de rituels ancestraux. mon fils qui conduit la voiture se sent un peu gêné de fondre au milieu de cette foule quasi compacte..
mais très vite nous retrouvons une atmosphère plus apaisée sur l'autoroute du sud qui nous mène vers l'aéroport...
contrairement à ce que je croyais je n'étais pas le seul à rater la grande fête sacrée; beaucoup de monde en effet anime le grand hangar qui sert de Terminal 1; des étrangers mais aussi de nombreux nationaux; je remarque que la destination Milan connaît une grande affluence alors que nous sommes quelques uns à enregistrer pour Bruxelles. Plus tard je découvre que l'avion sera quand même pratiquement plein. je passe la doaune (l'agent me demande si j allais à Istanbul) et je me présente au guichet de la police des frontières; geste que je fais toujours avec un léger pincement au coeur; j appartiens à une génération qui n aime pas voir la police fouiner dans ses dossiers comme si nous avions toujours la hantise de ces années dits de plomb quand nous jouions à cache cache avec les services de sécurité. mais les temps ont changé et souvent les jeunes proposés à cette tache me demande comment va le cinéma marocain et me souhaitent un bon voyage
j'ai la chance et le bonheur de faire le voyage avec la chorégraphe marocaine B. O: charme, finesse et compétence. elle me raconte le périple artistique qui l' a menée au pays de l'oncle Sam. c'est une grande voyageuse. l'Afrique, le monde arabe, l'Europe et maintenant l'Amérique...partout elle a montré ses travaux.
j'ai eu la chance de faire sa connaissance à Marrakech dans un contexte humain et culturel d'une grande finesse avec des gens splendides que je respecte et aime beaucoup...Elle aussi fait le voyage en Belgique dans le cadre de l'évènement Daba Maroc où elle va présenter un travail réalisé presque en direct avec l'écrivain Abdellah Taia. je lui montre le nouveau numéro du magazine cinémag; elle se l'est tout de suite accaparée, lisant la plupart des articles; fidèle à son tempérament vif et lucide elle me fait des remarques pertinentes à la fois sur le format qu'elle trouve peu commode et sur le contenu ayant relevé que certains articles manquaient de fluidité
l'avion arrive à l'heure convenue à l'aéroport de Bruxelles;  les formalités sont vite liquidée (il n y a pas beaucoup de monde) et nous retrouvons dans le hall d'arrivée le sympathique Hugo de l'équipe d'organisation qui remet nos documents et nous dirige vers le taxi. 
la première impression confirme notre présence en Europe: il fait gris et il pleut; une pluie fine qui dans ma mémoire est toujours liée aux voyages dans les villes du nord. c'est la première fois que je foule le sol belge. le taxi peine à avancer les embouteillages sont monstres weekend; vacances et surtout le quartier où nous sommes bloqués abrite la plupart des organismes européens. on arrive, finalement à l'hôtel; très bien situés au centre la ville et surtout pas très loin de ce qui va être notre lieu de travail, les halles. les halles justement que nous rejoignons très vite à peine nos bagages installés dans nos chambres car je ne voulais rater le spectacle de la soirée un récital de musique, de chant et de poésie avec deux grands artistes Abdellatif Laabi et Naziha Miftah. celle-ci est une amie et camarde que je n ai plus revue depuis les années 80, elle a une voix splendide, une beauté d'ange et une présence faite de charme et de grâce. le poète Laabi lisait ses textes en arabe et en français que Naziha reprenait de sa belle voix. j'ai eu le plaisir de suive ce spectacle avec mon amie la documentariste Simone Bitton; en rentrant ensemble vers notre hôtel nous avons le tour des grandes questions de l’actualité cinématographique marocaine. Simone enseigne aussi à Marrakech
Samedi 28 octobre

jeudi 4 octobre 2012

mes chroniques tangéroises


Le court des grands

Dix ans, c’est court du point de vue de la perspective historique ; mais c’est riche, intense et sans cesse prometteur du point de vue de l’expérience historique ; en l’occurrence celle du festival du court métrage méditerranéen de Tanger qui se retrouve aujourd’hui pour sa dixième édition, dix ans après cette initiative,  intelligente, généreuse et ambitieuse de lancer cette manifestation en ce  jour béni du mois de juin 2002. Honneur aux pionniers qui, dans le cadre du mouvement de dynamique générale que vivait le Maroc, ont invité le cinéma à faire partie de ce nouvel acte fondateur d’un Maroc qui bouge, crée et voit grand…La suite, on la connaît. Ceux qui ont pris le relais ont assumé l’engagement de départ et le jeune festival de Tanger a patiemment et passionnément  placé ses marques comme un rendez-vous essentiel pour le court métrage méditerranéen et une adresse de choix dans la carte de la cinéphilie mondiale…
Une programmation ouverte et cohérente, une ambiance conviviale, un public chaleureux et des débats continus…en sont les grandes lignes…Des jeunes cinéastes de « la mer blanche du milieu », ont réussi leur baptême de feu ici, d’autres ont confirmé un bon démarrage et pour d’autres ce fut tout simplement le tremplin heureux vers d’autres horizons…dans tous les cas de figure, c’est le court métrage et le cinéma qui sont, à Tanger, le centre d’intérêt, le point de référence. Le hasard de la programmation de cette année nous en offre une autre confirmation avec la présence de deux grands noms de cinéma pour nous dire ou plutôt pour nous rappeler, en cette édition anniversaire, que le court métrage n’a pas d’âge comme il n’a pas de frontières et qu’ il relève plutôt d’un choix esthétique et artistique.  C’est le message de la présence de Moumen Smihi et de son beau court métrage Si Moh pas de chance (1970) dans la cérémonie d’ouverture et du court métrage, The wholly family, d’une figure illustre du cinéma international, Terry Gilliam, en compétition officielle !!! un montage original est ainsi proposé, entre les générations, les appartenances géographiques culturelles et artistiques…
Fadel Chouika, Terry Gilliam…en lice dans la même compétition officielle, le pari fondateur de Tanger a été tenu !
Si Moh,  une chance !
D’emblée dans le vif du sujet avec la sobre soirée d’ouverture marquée pourtant par un événement solennel celui de rendre hommage aux dix ans du festival (2002-2012). Dans le vif du sujet, car les discours extra-cinématographiques induits par le cérémonial étaient portés par ce désir de dire la méditerranée célébrée dans l’une de ses villes phares, Tanger, par l’image et le son. Et c’est un méditerranéen invétéré qui prit la parole deux fois pour  dire à sa manière ce rapport viscéral entre Tanger et le cinéma entre Tanger et la méditerranée ; Moumen Smihi deux fois fois, c’est-à-dire par un discours d’introduction de son film et par son film lui-même qui fut un moment plein d’attention, de curiosité et d’empathie pour cette œuvre, Si Moh, pas de chance (1970) pratiquement insolité car rarement vu si ce n’est jamais vu dans des conditions de projections correctes, c’est-à-dire cinématographiques. Le moment fut donc cinéphile, culturel et pédagogique.
Au moment où le festival a instauré (a institutionnalisé !) une séquence autonome (un pléonasme ? en principe toute séquence est autonome !) dédiée aux films d’école voilà que la cérémonie d’ouverture elle-même est porteuse de vertus didactiques avec un court métrage qui porte certes les conditions de sa production (voire de sa conservation) mais qui ne manque pas d’indiquer aux jeunes cinéastes d’aujourd’hui ce que peut-être un rapport au cinéma. Le court métrage de Moumen Smihi est une leçon de cinéma dans sa modestie et dans son éloquence. Tout simplement parce qu’il va à l’essentiel : ce qui fait un film (court ou long, la durée n’a plus alors de signification particulière), c’est d’abord un regard et un point de vue ; un regard sur le monde et un point de vue sur le cinéma. Celui-ci exprimant bien celui-là : un travail sur l’image plan par plan ; le recours à l’image fixe ; un montage original qui sort des sentiers battus de la narration standard et une b

Carrefour d’imaginaires
                                                                   « N’oubliez pas les ciseaux ! »
Eisenstein
Un regard, un brin anthropologue, n’aurait pas manqué de relever ce hasard heureux qui a mis en ouverture de la première projection officielle du festival, celle du mardi matin dédiée aux films d’école,  une séquence gnaouie comme dans la pure tradition mystique de se référer à ce rituel consistante en tahdart pour saluer « les propriétaires des lieux » et se prémunir des « démons et autres forces obscures » ! C’était, en effet, émouvant de voir la salle Roxy, vibrer aux rythmes, qui puisent dans le métissage des signes culturels qui font de notre identité plurielle. Le film, un court métrage documentaire présenté par un lauréat du département du cinéma de la faculté de Marrakech, était d’une grande sincérité et plein de promesse. Sa première partie tient la route avant de céder à ce défaut presque inhérent aux œuvres scolaires et que nous retrouvons, à des degrés divers dans les autres films des autres instituts, celui de la surcharge discursive et thématique. D’où cette citation en exergue que nous avons empruntés au maître du cinéma soviétique des années 20 « n’oubliez pas les ciseaux ! » qu’il avait affiché à la porte de son bureau de travail. Saluons au passage la qualité générale des films présentés, ce qui est de bon augure pour l’avenir de notre cinéma,   avec des films coup de cœur comme le très beau Zahra de Houda Lakhdar et l’exercice réussi de Zahra Sadik et Mustapha Aboulfath ; bon vent les amis…
Chez leurs ainés de la compétition officielle, l’offre fut riche, diversifiée et éloquente en termes d’expression d’imaginaires. La méditerranée était là, imagée, dans un faisceau de lumière projetant rêves, angoisses, interrogations et incertitudes. Un imaginaire pluriel exprimé à travers des approches tout autant diversifiées. Allant de la grande possibilité de jeu avec les images qu’offre le numérique comme dans  l’espagnol Memory ou le chypriote Stahia… à des structures plus de facture classique (au sens positif du mot car exprimant une grande maîtrise des outils de mise en scène) comme dans le grec Buyout ou dans Easter Eggs. Comme il y a eu des idées qui ne sont pas allés très loin (le turc The bus, dommage la chute est ratée) ou des films qui ont marqué la salle ( Four walls Sarajevo) ou tout simplement le coup de cœur de la journée, avec le français, Ce chemin devant moi…
P. S : dédicace spéciale à l’élégante membre du jury Safinez Bousbia en hommage à son bijou de documentaire El Gusto ; je l’ai vu il y an et il m’habite encore. Merci.ande son en contre-point. Moumen Smihi dessinait en filigrane ce qui sera son programme esthétique, confirmé par sa filmographie de longs métrages: un plan de film bien construit peut suffire à témoigner des choix fondamentaux d’un cinéaste. N’est-ce pas une bonne introduction à l’économie du court !

Carrefour d’imaginaires
                                                                  « N’oubliez pas les ciseaux ! »
Eisenstein
Un regard, un brin anthropologue, n’aurait pas manqué de relever ce hasard heureux qui a mis en ouverture de la première projection officielle du festival, celle du mardi matin dédiée aux films d’école,  une séquence gnaouie comme dans la pure tradition mystique de se référer à ce rituel consistante en tahdart pour saluer « les propriétaires des lieux » et se prémunir des « démons et autres forces obscures » ! C’était, en effet, émouvant de voir la salle Roxy, vibrer aux rythmes, qui puisent dans le métissage des signes culturels qui font de notre identité plurielle. Le film, un court métrage documentaire présenté par un lauréat du département du cinéma de la faculté de Marrakech, était d’une grande sincérité et plein de promesse. Sa première partie tient la route avant de céder à ce défaut presque inhérent aux œuvres scolaires et que nous retrouvons, à des degrés divers dans les autres films des autres instituts, celui de la surcharge discursive et thématique. D’où cette citation en exergue que nous avons empruntés au maître du cinéma soviétique des années 20 « n’oubliez pas les ciseaux ! » qu’il avait affiché à la porte de son bureau de travail. Saluons au passage la qualité générale des films présentés, ce qui est de bon augure pour l’avenir de notre cinéma,   avec des films coup de cœur comme le très beau Zahra de Houda Lakhdar et l’exercice réussi de Zahra Sadik et Mustapha Aboulfath ; bon vent les amis…
Chez leurs ainés de la compétition officielle, l’offre fut riche, diversifiée et éloquente en termes d’expression d’imaginaires. La méditerranée était là, imagée, dans un faisceau de lumière projetant rêves, angoisses, interrogations et incertitudes. Un imaginaire pluriel exprimé à travers des approches tout autant diversifiées. Allant de la grande possibilité de jeu avec les images qu’offre le numérique comme dans  l’espagnol Memory ou le chypriote Stahia… à des structures plus de facture classique (au sens positif du mot car exprimant une grande maîtrise des outils de mise en scène) comme dans le grec Buyout ou dans Easter Eggs. Comme il y a eu des idées qui ne sont pas allés très loin (le turc The bus, dommage la chute est ratée) ou des films qui ont marqué la salle ( Four walls Sarajevo) ou tout simplement le coup de cœur de la journée, avec le français, Ce chemin devant moi…
P. S : dédicace spéciale à l’élégante membre du jury Safinez Bousbia en hommage à son bijou de documentaire El Gusto ; je l’ai vu il y an et il m’habite encore. Merci.

Qui peut voir…
Le public a découvert, ce mercredi, les deux premiers films marocains en compétition officielle. Il s’agit de Comme ils disent de Hicham Ayouch et The target de Munir Abbar. Jeudi et vendredi trois autres courts métrages complètent la sélection 2012. Cinq films qui disent d’abord une réalité en termes de production et de tournages ; bon an mal an, le Maroc peut disposer en effet d’une centaine de courts métrages émanant de structures de production diversifiée. Une diversité que nous retrouvons en amont déjà, c’est-à-dire au niveau des générations et de leurs parcours. Abbar et Ayouch sont par exemple issus de la génération de la diaspora (France et Allemagne) ; les autres réalisateurs présents en compétition officielle confirment cette diversité. Les parcours aussi sont atypiques. Beaucoup sont issus directement de la production, d’autres sont venus à la réalisation de la cinéphilie. On attend encore les jeunes issus des écoles de cinéma. Qu’est cela donne et exprime en termes artistiques et esthétiques ? là encore nous retrouvons une diversité d’approches. Par exemple, Abbar reste fidèle à son désir d’aborder de front des thèmes et des sujets d’actualité centrés sur l’expression de l’altérité, le rapport à l’autre avec les conséquences que cela induit comme quête et mouvement dans l’espace ou dans le rêve. Le choix du titre The target aux connotations militaires évidentes dit bien cette insistance. Le héros de son film porte un nom emblématique Tarik ; l’ancêtre en quelque sorte des « brûleurs » et qui a instauré dans l’imaginaire local le rêve définitif d’une Andalousie devenue un eldorado inaccessible…tout cela est porté par un beau travail au niveau de l’image flirtant avec l’esthétique de la publicité…
Chez Hicham Ayouch qui revient ici au court après avoir déjà entamé une carrière de long, la focalisation s’opère au niveau d’un système de personnages désaxés en rupture avec la doxa.  Avec les valeurs dominantes. C’est en général un univers insolite travaillé à bras le corps par un montage incisif, aux antipodes du récit réaliste. Des êtres singuliers servi dans des formes singulières mobilisant les signes dans une démarche qui invite le récepteur à un autre dispositif de réception…à l’instar de ce que dessine en filigrane le court métrage grec The Attic en posant la question du voir : la jeune fille et son grand-père parviennent, dans leur complicité, à voir ce que les autres ne voient pas…




Albachado de Hassan Aourid

  L’intellectuel et le pouvoir ou la déception permanente ·          Mohammed Bakrim «  Avant d’être une histoire, le roman est une in...