samedi 8 juin 2019

Effondrement des sociétés, blocage politique, faillite des élites…


Oui, il y a dans l’air comme un sentiment de scepticisme d’inspiration khaldounienne qui plane sur cette partie du monde dite «monde arabe» : violence, guerre, piétinement du processus politique, impasse socio-économique, repli culturel, fragmentation communautaire.
Un simple tour d’horizon du fil d’actualité confirme cette image sombre. Une sorte de retour de l’histoire dans sa version la plus décadente rappelant des époques sinistres. Déjà dans un nouveau livre, Abdellah Laroui faisait le lien entre le sentiment de désespoir que lui inspiraient la réalité et sa lecture d’Ibn Khaldoun : «mon esprit, écrivait-il,  était confronté à une problématique, le conflit entre une rationalité, indispensable au bon fonctionnement de l’Etat, et la montée d’un mysticisme, individuel et collectif, qui signalait un désespoir général  et le penchant de chacun à s’isoler du monde… ». Sauf que le mysticisme aujourd’hui a pris d’autres formes…et d’autres manières d’appréhender le monde.
Au cœur de la démarche khaldounienne, il ya sa lecture cyclique de la société, du pouvoir et partant de toute civilisation…lecture qui peut aider à comprendre le présent  du monde arabe. Tout pouvoir, toute civilisation sont appelés inéluctablement à dégénérer. Obnubilés par une certaine vision du progrès et une croyance quasi aveugle dans des lois de l’évolution linéaire, nous nous réveillons aujourd’hui en sursaut devant ces piétinements, ces retards, ces replis. Du coup, les mélancoliques parmi nous (les plus lucides ?) ne peuvent que suivre cette autre loi khaldounienne et se demander à quoi bon ? Puisque tout progrès n’est qu’illusoire, n’est qu’une parenthèse en attendant le retour de la barbarie ?
Hamit Bozarslan est un penseur qui réfléchit sur les conflits contemporains, ceux du Moyen-Orient notamment, dans une perspective khaldounienne. Il part de ce postulat : le plus grand penseur de l’islam s’avère aussi être celui qui en décrit le déclin, le processus de fragmentation, voire son basculement dans la « dé-civilisation » avec un froid désespoir. On sait que la théorie de l’alternance du pouvoir a été théorisée par l’intellectuel maghrébin autour de deux notions-clés : la 3assabia et la da3oua ;autrement dit la solidarité et l’idéologie. Pour qu’un groupe (une ou une alliance de classes sociales) réussisse et remplace un autre sur le déclin, il lui faut une solidarité tribale, territoriale… et être porté par une idéologie qui cimente, quasiment au sens de l’hégémonie de Gramsci, le nouveau groupe au pouvoir…avant que lui-même ne connaisse le même processus. Mais la question qui nous hante aujourd’hui est comment expliquer qu’une force, incarnation de la barbarie, puisse arriver à une telle «solidarité» avec des centaines de milliers de jeunes musulmans qui ont rejoint Daechau détriment d’un islam qui a concrétisé dans son histoire une civilisation au summum du raffinement et de tolérance? Comment expliquer qu’une communauté appelée à « être la meilleure de toutes les autres » a engendré en son sein des formes inouïes de monstruosité ?
L’actualité de ces dernières semaines est alimentée par les épisodes d’un feuilleton interminable : celui dit de la libération de Mossoul. Une guerre produite et mise en scène par plusieurs partenaires. Et plusieurs sponsors. Or le destin de cette ville chargée d’histoire s’inscrit justement dans le schéma khaldounien. Les cités sont les emblèmes de pouvoir, de sa renaissance et de sa dégénérescence. Or, personne aujourd’hui ne cherche à rappeler comment Mossoul est tombée aux mains de Daech : c’était le 10 juin 2014, Mossoul une ville de 1300 000 habitants avec 86 000 soldats d’une armée suréquipée par les Américains, et près d’un demi-milliard de dollars dans ses banques est tombée comme un fruit mûr aux mains d’à peine 2000 djihadistes ! Les cités (Tombouctou, Nesrata, Kidal…) tombent parce que l’urbanité, censée les nourrir de culture et du sens de résistance, a été perdue dans la corruption et l’incompétence des pouvoirs.
Oui, comme le rappelle HamitBozslan, Ibn Khaldoun était admiratif des vainqueurs  mais sans pitié pour les vaincus.
Mohammed Bakrim

vendredi 17 mai 2019

Le festival de Cannes et après



Exotisme social et formatage esthétique
« Peau noire, masques blancs »
Frantz fanon





La planète cinéma vit à l’heure de Cannes. Son festival vient en effet d’entamer sa 72ème édition. Le troisième grand rendez-vous mondial du cinéma, avec Venise et Berlin, s’annonce cette année palpitant en termes de programmation au niveau de ses trois grandes sélections (la compétition officielle, un certain regard et les films hors-compétition). Cannes reste Cannes même si le cinéma, et le monde qui le produit et l’inspire, changent et vivent des mutations porteuses de plus d’incertitudes que d’horizon dégagé. La compétition officielle de cette édition semble être portée par un souffle social indéniable. Les gilets jaunes sont passés par là. Un mouvement social inédit, soutenu dernièrement par une pétition où figurent beaucoup d’habitués de Cannes, et qui secoue la France depuis novembre a déjà donné lieu à des films signés par de grands cinéastes (je pense notamment à l’excellent documentariste Pierre Carles).
Des vents multiples soufflent donc sur la croisette ; depuis quelques années, c’est l’arrivée fulgurante de plateforme comme Netflix qui secoue le cocotier. Déjà l’année dernière une grande polémique a marqué le festival autour de certains dogmes qui ont la vie dure comme celui de la chronologie des médias (la fameuse règle qui dicte l’ordre de sortie d’un film : la salle, la télé, le dvd, la vod…). Le film Roma du mexicain Alfonso Cuaron était la vedette par défaut de l’édition 2018. Boudé à Cannes, il est allé rafler le Lion d’or à Venise. Depuis les débats les plus contradictoires continuent sous la pression de différents lobbies. Symboliquement, le festival de cette année s’ouvre avec le nouvel opus de Jim Jarmusch, The dead don’t die, un film de morts vivants sur une bourgade envahi par des zombies. Il n’y a pas plus éloquente parabole pour exprimer et incarner les angoisses, les peurs et les tensions de notre monde. Le film a bénéficié d’une sortie internationale simultanée et il a été projeté dans des centaines de salles dans le monde (y compris Rabat) en même temps que sa première cannoise.
Face à ces bouleversements  que le cinéma parvient lui-même à mettre en abyme, en racontant sa propre mutation en zombie, il est utile de s’interroger sur la diversité du cinéma, géographique et culturelle représentée à Cannes. Deux films d’origine marocaine (c’est une erreur de dire « des films représentent le Maroc », Cannes n’est pas une compétition olympique entre pays; les films ne représentent institutionnellement qu’eux-mêmes !) et ayant bénéficié de l’avance sur recettes marocaine sont à Cannes cette année :  Adam de Meryem Touzani dans Un certain  regard et Le Saint inconnu de Alae Eljam à la semaine de la critique.



La question de la diversité culturelle des films et de leur programmation internationale n’obéit pas à une logique artistique stricto sensu. Les films sont programmés dans ce sens. Il est révélateur de constater que ce sont des films inscrits dans une production qui répond à un cahier de charge que l’on ne peut que qualifier de néo-orientaliste marqué l’exotisme social et le formatage esthétique. Par cinéma néo-orientaliste, il faut entendre un cinéma qui représente des populations autochtones selon un discours exotique par un cinéaste autochtone financé par l’étranger. Une situation qui a pris de l’ampleur dans le contexte post-printemps arabe où l’occident se met à promouvoir des films arabes où l’on aborde des thématiques selon l’agenda occidental du moment : « fanatisme », « intolérance », « enfants de la rue », « misère sociale » « mères célibataires ». La nouvelle icône de cette démarche est Nadine Labaki (prix du jury l’année dernière, présidente d’Un certain regard cette année).


Un contexte d’urgence qui interpelle la critique cinématographique du sud : pourrait-elle contribuer à l’œuvre de déconstruction de l’occident initiée, par exemple, par des intellectuels postcoloniaux de renom comme Edward Said ? Tout un espace conceptuel s’ouvre ainsi devant nous pour une révision culturelle (comme l’avait souhaité Paulin Soumanou Vieyra) des concepts/paradigmes : cinéma d’auteur/ cinéma populaire, les modes de fabrication de films, de leur diffusion et de leur distribution. P.S. Vieyra : « Le critique africain doit puiser ses critères dans la profondeur de notre culture africaine ; c’est à l’aune de notre tradition culturelle qu’il doit mesurer l’apport esthétique des films aussi bien africains qu’étrangers »

vendredi 10 mai 2019

Tunis, Khartoum…l’énigme des soulèvements





Une question anime les débats à Alger : y aura-t-il un effet ramadan sur  l’intensité de la mobilisation pour le rendez-vous du hirak hebdomadaire du vendredi ? A quelques milliers de kilomètres plus loin, vers le sud-est, une autre capitale africaine, Khartoum, vit au rythme dune mobilisation populaire qui a choisi une formule différente et qui vit de l’espoir de voir ce mois sacré faire aboutir ses revendications légitimes. A Alger, comme à Khartoum on vit des moments de liesse sans trop de certitudes sur les lendemains dont le contour reste flou.
Dire que ces deux mouvements ont surpris par leur amplitude et par leur forme relève désormais de lapalissade. Certes, ils ont déjà porté un premier acquis avec les changements au sommet de l’Etat concrétisant une revendication populaire, le départ de deux dictateurs. Mais au-delà d’une lecture politicienne, les deux soulèvements interpellent à plusieurs niveaux.  Ils invitent à changer de paradigme, celui-là même qui avait montré ses limites interprétatives au moment des premiers soulèvements de l’hiver 2011. Certains n’hésitent pas à parler d’une « réplique » tel un phénomène géologique, Alger et Khartoum prolongeant le séisme du fameux printemps arabe. Le rôle de l’armée comme maître du scénario venant corroborer cette approche comparative. Je ne suis pas pour ma part adepte de cette lecture. Je tenterai plutôt une approche qui se concentrerait  sur l’événement lui-même dans le sillage de ce que Michel Foucault avait proposé pour la révolution iranienne.
Le parallèle avec l’Iran est plus que légitime. L’immense foule qui a envahi les rues d’Alger et qui a frappé par son ampleur n’a pas d’équivalent… sauf pour ce qui s’est passé à Téhéran. Le hasard a voulu que le soulèvement algérois arrive 40 ans (février 1979/ février2019) plus tard que le soulèvement iranien qui avait  envoyé des millions de gens dans la rue contre le régime du Chah. Cela nous amène à d’autres conclusions. La plus importante me semble être fondatrice du nouveau paradigme de lecture ; ce qui se passe à Alger et à Khartoum souligne l’impasse d’une lecture sociologique stricto sensu. C’est un événement majeur qui invite à réhabiliter la philosophie politique et l’anthropologie. Michel Foucault avait souligné deux caractéristiques qui distinguaient la révolution iranienne des révolutions politiques qui avait marqué le débit du XXème siècle et que l’on retrouve dans le soulèvement algérien et soudanais. Un : l’unanimisme de la société. Tout le monde rejoint le hirak ; c’est le soulèvement de toute une société  conte une caste (la bande, l’3issaba) loin de tout schématisme de classe ! Deux : absence d’une idéologie qui cimente le mouvement ; absence de programme en dehors du mot d’ordre « qu’il dégage tous ».
Du coup ce qui donne son sens premier au soulèvement ce n’est pas ce qu’il est porteur comme promesse de lendemain mais  comme indication sur un état d’esprit de la société. Pour parler comme Foucault ce n’est pas l’avènement d’un ordre nouveau qui nous intéresse mais l’événement lui-même ; « je ne sais pas faire l’histoire du futur » écrit Foucault. Le soulèvement en soi. Ce qui intéresse le philosophe c’est « l’énigme du soulèvement ». Ce qui fait sens dans ce qui se passe Place Maurice Audin à Alger ou devant l’Etat major à Khartoum, c’est le soulèvement en soi non pas pour le programme qu’il propose (lequel d’ailleurs) mais comme refus du pouvoir. On assiste à un soulèvement éminemment politique mais contre la politique. « Qu’il dégage tous » met à nu le pouvoir comme pouvoir. Le rituel (chaque vendredi) de la manifestation relève alors de quelque chose d’autre ; une sorte de mise en scène qui permet au peuple de se remette au centre de la scène du pouvoir (la rue). Un moment intense de libération de tous les déterminismes ; en somme une fête, un moussem à l’échelle du pays avant que le politique ne retrouve ses prérogatives.

jeudi 4 avril 2019

Festival national du film 2019


Surcharge thématique et clivage esthétique
·      
« Un film nul, je ne vois pas où est le problème »
Gilles Deleuze







Le festival national du film a-t-il eu lieu ? Les filiations mythologiques (Hercule…) de la ville(Tanger),  qui l’abrite autorisent de s’interroger, à l’instar de la guerre de Troie, d’une manière rhétorique s’entend, à son égard. Non pas sur la dimension factuelle de l’événement, le festival a bien eu lieu et a tenu l’ensemble de ses engagements, notamment sur le plan organisationnel, mais sur sa dimension médiatique et symbolique. Contrairement à une tradition qui lui est concomitante depuis sa création, cette édition du festival n’a suscité que peu de débat et nulle polémique n’a suivi, par exemple, la proclamation de son palmarès. Palmarès qui a plus qu’étonné lors de la soirée de clôture. Lieu de circulation de discours, celui des films, le festival est  aussi, en principe, lieu de production de discours sur le discours.
Rendez-vous essentiel du cinéma marocain, il est l’occasion de tirer un premier bilan, professionnel, chiffré. Celui-ci est désormais pris en charge par le centre du cinéma. Le festival  offre également l’opportunité d’un autre bilan, cette fois en termes de réception publique et critique. Quel bilan esthétique et artistique de l’édition 2019 ? Telle est LA question.
Car un cinéma n’existe pas uniquement par ses statistiques, il existe fondamentalement par le discours d’escorte qui l’accompagne. La critique pensée et construite. Je cite Jean-Louis Comolli : la fonction critique est ce qui confère à l’œuvre son statut, sa place sociale. Si la critique manque (peu importe d’ailleurs, qu’elle soit positive ou négative), l’œuvre manque à sa place. Dans ce sens, je peux dire que le FNF donne lieu à la possibilité d’une radiographie de l’état de la critique ; force est de relever que le constat n’est guère réjouissant ; on assiste à une baisse de régime de la fonction critique, à une prolifération galopante des formes de médisance. Un état de choses qui ne me surprend pas ; il est une facette du repli global de la pensée, du plan d’abrutissement généralisé amplifié par les réseaux sociaux.
Cependant, le paysage n’est pas complètement désertique. C’est ainsi que des observations qui n’ont pas manqué de pertinence  ont choisi d’interroger la formule même du festival qui semble donner des signes d’essoufflement. Ces observateurs n’hésitant pas à défendre le modèle d’une Nuit du cinéma marocain, comme cela se fait avec les Césars et autres Oscars… avec des nominations au préalable et un vote d’un collège électoral puisé dans les différents métiers de la profession. Une piste à creuser. Je précise pour ma part que la formule du festival national est en effet originale ; inédite et rarissime à travers le monde ; certains pays s’y mettent graduellement (La Tunisie, le Sénégal…). Si la formule peut-être revue, revisitée, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un contenant dont le contenu dépend principalement de ce que la profession veut y mettre. De son engagement, de son enthousiasme pour maintenir l’esprit et la lettre du festival, à savoir la fête annuelle du cinéma marocain.
L’un des premiers changements qui ont marqué la structure du festival est l’instauration du principe de la sélection préalable. Choix imposé  par l’augmentation croissante de la production ce qui a pesé sur l’agenda du festival et de sa durée qui ne sont pas extensibles à l’infini. La formule adoptée consiste à sélectionner 15 longs métrages  et autant de courts.
La liste des films de longs métrages de cette édition 2019 fournit d’emblée un ensemble d’indications sur l’évolution du cinéma marocain. D’abord en termes générationnels. Nous avons la confirmation d’une tendance qui remonte à quelques années déjà, désormais le rapport de forces générationnel bascule au bénéfice des nouvelles générations. Sur les 15 cinéastes en compétition cinq appartiennent à la génération des pionniers (Ferhati, Chraïbi, Zoughi, Majid Lahcen,  Kamal Kamal). Les  dix  autres appartiennent à la génération post 2010. Je rappelle à ce propos que le dernier cinéaste de la génération des pionniers à avoir remporté le Grand prix remonte à 2007 !
La liste nous apprend également qu’il y a trois cinéastes femmes en compétition (Meryem Benbarek Selma Bergach, Hind Bensari).  Deux « documentaires » étaient également en lice : Lancer de poids de Hind Bensari (une production de la télévision) et La vie côtoyant la mort de Majid Lahcen produit dans le cadre du programme de la promotion de la culture hassanie.
Si l’on change d’angle de classification, on peut avancer une hypothèse sur les genres dominants (au sein du cinéma, il n’y a pas de genre pur)  ce qui nous permet de faire une série de propositions. Des films ont abordé une thématique inscrite dans l’histoire : Les 3M de Saad Chraïbi ; Coups de destin de Mohamed Lyounssi ; Nadira de Kamal Kamal ; Une vie côtoyant la mort de Majid Lahcen. Le drame social avec Sofia de Meryem Benbarek ; Urgence ordinaire de Mohcine Besri ; Les saisons de la soif de Hamid Zoughi ; Indigo de Selma Bergach.  Le drame intime, Ultime révolte de Jilali Ferhati. La comédie sociale avec Hala Madrid, Visca Barça de Abdelilah Jaouhari ; Une année chez les Français de Fettah Arom. Road movie avec Jamal Afina de Yassine Marco Morocco. Fantastique- horreur avec Achoura de Tala Sellami.
Croisés avec les courts métrages ( la grande déception de cette édition), que nous donne tout cela en termes de cinéma, d’inventivité et de création artistique ? A quelques rares exceptions, l’ensemble des films présentés se réduisent à des prouesses techniques (des effets spéciaux d’Achooura aux  images esthtétisantes d’Indigo). Nous avons vu à Tanger des produits parfois bien finis alors que nous nous attendions à des œuvres, mêmes avec des maladresses mais sincères et profondes. Nous sommes entrés sans crier gare dans l’ère des films fabriqués selon des protocoles d’écriture formatée d’avance (un directeur de photo ; un amplificateur de son et inscrit dans un réseau institutionnel de financement).
Quelques observations qui s’inscrivent dans la continuité de cette réflexion générale pour relever ce qui constitue de mon point de vue quelques lacunes. Un certain nombre de films ( : Sofia ; Les 3M ; Lancer du poids ; Ultime révolte…)  restent prisonniers de leur scénario. Tout leur enjeu revient à l’illustration d’une idée. Le scénario finit par peser comme une chape de plomb sur la dramaturgie et empêche la mise en scène de voler de ses propres ailes pour offrir un univers filmique au-delà de l’idée. Le rapport entre le film et le scénario serait de l’ordre de la célèbre définition de la culture : « c’est ce qui reste quand on a tout oublié » (citation d’Edourd Herriot). Le cinéma c’est ce qui reste (ce qui devrait rester) quand le scénario est oublié.
D’autres films ont tendance à forcer le trait notamment ceux ayant abordé des thématiques sociales fortes ( ce que j’ai appelé le cinéma de l’exotisme social, néorientaliste : Urgence ordinaire ; Sofia…). Ils sont portés par le souci non pas  d’un mouvement qui se tisse dans un va et vient avec le réel mais le souci de tisser les ficelles d’une histoire bien carrée. Le spectateur est assigné à résidence ; la singularité de chaque regard est neutralisée au service d’un pathos collectif. Or la grande émotion émane souvent d’une représentation sobre (Bresson), purgée de tout sentimentalisme (Rossellini). Ce n’est pas l’action qui nous émeut, encore moins l’événement en soi mais le sens que nous sommes amenés d’en dégager. La mise en scène reflète le monde en même temps elle exprime ce que le cinéaste veut en dire. Ce rapport au monde, au réel est marqué par un certain désenchantement ; la créativité donne des signes d’épuisement. Un constat relevé par le philosophe Cornelius Castoriadis que je cite : « la création contemporaine s’effectue dans un rapport négatif à la société, elle n’est plus au clair sur son identité, sur ce qu’elle est et sur ce qu’ele veut être ». Cela me semble pertinent  pour une lecture de notre production symbolique récente.
Comment le jury s’en est tiré ? Un palmarès n’est pas une vérité scientifique. Il est la résultante de plusieurs facteurs y compris les paramètres environnementaux . Il est le fruit d’un échange qui est lui-même marqué par un rapport de forces au sein du jury. Le palmarès 2019 n’échappe pas à la tradition. On le commente dans le respect des membres qui le composent. A première vue, il  reflète certainement un compromis délicat. Un compromis qui a bénéficié au  « documentaire », Lancer du poids, en fait un long reportage qui s’est vu ainsi propulser Grand prix. Contre toute attente. A côté un film obtient  en même temps  le prix du jury, le prix de la réalisation et les deux prix interprétation ; en toute logique  la somme de ces prix équivaut au Grand prix. C’est là certainement où est  entré en jeu le compromis ; des concessions o,nt été faites entre les uns et les autres au détriment de certains autres films ignorés du palmarès (Urgence ordinaire, Les coups du destin…). La présidente, la scénariste et réalisatrice Farida Benlyazid n’a pas cherché, apparemment à imposer « sa touche » ; et pourtant, il y avait des films,  en principe, proches de son univers : la féminité assumée de Indigo de Selma Bergach ; femmes entre elles dans Les saisons de la soif de Hamid Zoughi ou encore le rapport à l’autre dans un contexte tragique,  en l’occurrence l’Espagne avec le destin de deux femmes Maria et Touda dans Les coups du destin de Mohamed Lyounssi
La riche récolte obtenue par La guérisseuse de Zindaine n’a pas manqué  d’interpeller. Qu’est-ce qui a séduit le jury pour lui attribuer autant de récompenses ? Yousri Nasrallah, le cinéaste issu de l’école de Youssef Chahine a été certainement enthousiasmé par une certaine atmosphère « à l’égyptienne » (personnages, lieux, places, décors…) qui rappellent un certain cinéma égyptien des années  du noir et blanc ; celui des adaptations de Barakat et de Salah Abou Seif. Alors même que le film s’ouvre sous le signe de la cinéphilie contemporaine : il y a du Wim Wenders dans les plans incipit. Le film s’ouvre sur des lignes verticales et horizontales qui marquent la fracture d’un territoire (d’autres lignes de récit/ de vie s’entrelacent dans le film).  L’horizontalité renvoyant à la modernité illustrée par le train et les voies ferrées. Cette prédominance de la ligne droite est remise en question par un raccord sur un minaret introduisant la verticalité. La mosquée apparaît comme un motif récurrent et structurant du drame. Cela renvoie moins à la dimension religieuse, signifiée par ailleurs (le groupe des croyants croisés par le jeune garçon par exemple) mais plutôt à la permanence d’une culture ; la culture traditionnelle qui va constituer l’ultime recours des gens face à la violence/agression de la modernité. Les premières images de La Guérisseuse signifient une société fracturée qui puise dans son patrimoine génétique culturel les ressources pour se prémunir : c’est une guérisseuse qui prend en charge de soigner la jambe fracturée par le train. Cette critique de la modernité est doublée d’une mise à nu des paradoxes des modernistes. La guérisseuse descend d’une voiture ultra chic qui signifie que l’usage des pratiques traditionnelles traversent l’ensemble du champ social (encore une fois horizontalité et verticalité : l’arrivée de ce luxe est une autre agression à l’égard du quartier pauvre).  Un clivage anthropologique qui peut aider à comprendre les clivages esthétiques qui traversent le champ de la production cinématographique.


samedi 23 mars 2019

Apatride de Narjiss Nejjar par Mohammed Bakrim




Frontières intérieures…


« La situation territoriale de chacun révèle en fait sa position relationnelle avec autrui. »




Narjiss Nejjar est une figure majeure de notre paysage cinématographique. Qu’elle soit en charge aujourd’hui de la relance du projet de la cinémathèque marocaine est en soi un indice révélateur ; celui  d’une personnalité qui n’hésite pas à monter à l’assaut des défis. Bouger les lignes, leur dessiner un nouvel horizon. Sa filmographie, très diversifiée dans ses choix et ses réussites n’en demeure pas moins portée par une cohérence qui émane de cette volonté d’exprimer une ambition, de construire un regard autour d’une démarche qu’elle résume si bien par cette belle métaphore : capter le cri des yeux.
En ce sens, le cinéma de Narjiss Nejjar (riche d’une dizaine de productions dont six longs métrages) relève fondamentalement de la modernité, à la fois parce que s’y affirme une conscience de l’historicité comme horizon indépassable(elle est une cinéaste engagée au sens humaniste du mot) et parce que l’expérience esthétique y devient le modèle de l’expérience partagée d’un monde commun : une forme de générosité cinéphile que traduit son engagement corps et âme au service de la cinémathèque marocaine.
Cinéphile, elle l’exprime dans sa démarche esthétique. Elle dit par exemple être touchée par le cinéma iranien ; on le sent dans ses films, y compris dans son nouvel opus, Apatride. Un point commun peut confirmer cette assertion : chez la cinéaste marocaine on trouve le même engouement pour les extérieurs jours, pour la captation du grand espace que chez une majorité de cinéastes iraniens. 
cependant, ce désir d’extérieur est une illusion car précise Nejjar, être dehors ne signifie pas être libre ; l’espace ouvert est paradoxalement aussi un enfermement…d’où cette volonté d’un autre ailleurs qui anime ses personnages. Dans Apatride, il filme l’exil, la quête identitaire, la frontière comme métonymie de la métamorphose des corps qui se réveille au désir. La frontière, thème récurrent chez elle puisque on la retrouve comme élément dramatique dans son film Le miroir du fou (2001), est ici d’abord une référence politique pour situer le cadre référentiel du récit mais c’est essentiellement un enjeu dramatique et esthétique pour signifier le passage et la mutation des sentiments. Si elle est un repère pour fixer un repère physique, dans Apatride, la frontière joue un rôle beaucoup plus complexe renvoyant /puisant dans un fait historique les éléments d’une géographie cette fois humaine et psychologique autour de la redéfinition des identités.
Narjiss Nejjar en abordant dans Apatride un fait historique (le sort des Marocains expulsés d’Algérie en 1975) ouvre son film sur une problématique universelle théorisée par la philosophe allemande Hanah Arendt qui analyse le phénomène le plus marquant du siècle qui est en même temps un phénomène tout à fait nouveau, inouï et qui témoigne de la condition de l'homme moderne: l'homme superflu, l'homme à la frontière, l'apatride.... il est ainsi condamné à l’errance…cette quête est transcendée par le cinéma : la recherche d’un document administratif (une pièce d’identité) devient prétexte d'une quête existentielle d'un personnage...c’est le programme narratif qui porte le protagoniste du film.  Le défi pour Hénia: pour pouvoir exister à l'extérieur (avoir des papiers une identité), il faut être assuré de tenir à l'intérieur par quelque fil invisible mais solide (l'amour, la famille...).
La séquence d’ouverture est dans ce sens d’une éloquence inouïe : au ciel limpide renvoyant à une utopie de liberté et d’émancipation est superposée un espace fragmenté avec moult cloisons : portes, fenêtres…et ces barbelés qui renvoient à la frontière géopolitique. La caméra prend d’emblée position en adoptant le point de vue de Hénia qu’elle accompagne chevillée au corps. Dès les premières images on la voit bouger, sortir, prendre un vélo…ou encore plus tard dans une voiture, ou courir dans la plage. Le déplacement s’impose au protagoniste parce qu’elle comme étrangère au monde…  Un corps mobile qui traverse un ensemble d’espace clos. La configuration scénographique nous invité moins à une logique spatiale qu’à une topographie imaginaire, celle de la mémoire (voir le personnage de l’aveugle).
Cependant l’enjeu du film reste le cinéma ; l’écriture cinématographique dans Apatride advient comme acte de saisie de l’histoire dans une démarche poétique  qui est un hymne à la beauté.
                                                



mercredi 27 février 2019

Mostafa Derkaoui: L’affranchi de notre cinéma



                                                                          
Chaque  film de Mostafa Derkaoui est un moment qui interpelle notre cinéma, et offre une opportunité de discuter, de débattre sur ce qui est une constante de son travail : la problématique du projet cinématographique. Parce que justement Mostafa Derkaoui est un cinéaste habité par un projet. Son parcours se présente dans ce sens comme un itinéraire, à l’image du voyage odysséen pour user d’une image qu’il affectionne quand il parle de scénario. Sa filmographie est un scénario ouvert sans cesse revu, remanié, revécu dans l’angoisse des interrogations de l’écriture. En 1974 il réalise De quelques événements sans significations où il met en jeu une équipe de cinéastes à la recherche du fil conducteur pour monter un film. D’emblée, c’est un synopsis programme: le cinéma de Mostafa Derkaoui, c’est fondamentalement du méta-cinéma. Partir des mots et des morphèmes pour forger une syntaxe à partir d’une grammaire aux antipodes de l’énonciation classique. C’est un débat qui s’adresse à l’ensemble des acteurs du paysage cinématographique. Face au cinéma narratif de grande consommation issu de Hollywood, le Caire, Bombay et au moment où des Marocains veulent faire du cinéma pour les Marocains, ce premier film de Derkaoui invite tout simplement à réfléchir. Cela suppose un environnement culturel et professionnel propice. Cela suppose une logistique de résistance qui ne se cantonne pas au ghetto. C’est-à-dire des réseaux parallèles de distribution des espaces d’accueil autres que le minuscule circuit de distribution commerciale. Le projet portait donc déjà les limites de l’époque qui l’a vu naître: le rêve confinait à l’utopie. Mais cela n’a pas empêché Derkaoui de continuer à nager à contre-courant, proposant une certaine constance dans sa démarche globale marquée par une fragmentation du récit, un éclatement du système des personnages, un travail pointu sur l’image avec le recours (risqué d’un point de vue de la réception) aux images nocturnes, et un  découpage polyphonique de l’espace narratif. Polyphonie conviendrait d’ailleurs comme un titre générique de l’œuvre de Derkaoui. Avec je (u) au passé, présenté lors du festival national du film de Tanger en 1995, le cinéaste offre une figure de paroxysme à ce travail autour du Moi cinématographique. Fidèle à lui-même, Derkaoui propose un cinéma qui n’obéit à aucune logique de genre échappant à toute canonisation. C’est une œuvre affranchie au sens où l’on dit un Affranchi chez les Grecs de l’antiquité.  Encore une fois, une construction polyphonique qui rappelle l’opéra. Le récit revisite une multitude de lieux, convoque des langues et mobilise des signes dans un drame ouvert sur l’infini du sens.
Avec La Grande allégorie, le cinéaste énonce un message global: il confirme son refus du réalisme, mais laisse ouverte la question principale: le refus de toute compromission avec l’énonciation classique, transparente et linéaire ; le refus du mimétisme introduit une difficulté de structure: comment assurer une cohérence au film, sur quelle structure s’appuyer pour assurer la communication filmique? Le cinéma de la modernité dont se réclame les films de Derkaoui instaure (cf. Godard, Oliveira, Straub...) un système de référence à la littérature, à la peinture, au théâtre qui lui assure une légitimité artistique et une forme de lisibilité (en liaison avec un contexte culturel favorable). Le pari de Derkaoui est d’assurer cette cohérence par les seules vertus du langage cinématographique; le coût est alors énorme. Nous assistons dans ses films à une inflation de discontinu qui va de pair avec une perte d’unité du film et une dissolution du sujet.
Cette question du sujet se trouve maintenant centrale dans le premier film « grand public » de Derkaoui, Les Amours de Hadj Soldi. Déjà dans le titre tout laisse croire à une unité retrouvée, fondée sur une figure « classique » essentielle, le héros en quelque sorte. Idée renforcée par une tête d’affiche venue directement du box-office, Bachir Skiredj. Illusion ; car très vite on s’aperçoit que le film se construit sur la permanence de l’éclatement et de la verticalité. On ne peut pas se hasarder à lire la présence d’une grande star comme une concession de la part de Derkaoui au star-system: c’est un emploi judicieux; une récupération au sens artisanal. Il exploite le filon d’or à l’instar d’un certain cinéma. Un signe qu’il faut relever: Hadj Soldi possède une bijouterie, un clin d’œil à Hadj Benmoussa de A la recherche du mari de ma femme. On entend aussi cette réplique: “Tu es revenu riche du nord”; phrase ambiguë qui renvoie au passé de l’acteur dans d’autres rôles.
J’aimerais aussi proposer de s’arrêter aux deux scènes fortes qui terminent le film. C’est un film qui offre en effet deux fins: une fin diégétique, en liaison avec l’évolution du récit et une fin filmique, une sorte de conclusion voulue par le cinéaste. La première offre l’occasion au personnage Lahbib Rabeh (Rachid El Ouali) de liquider physiquement le personnage de Hadj Soldi. Ce  geste offre au minimum trois lectures: un niveau actantiel, le bon élimine le méchant; un niveau psychanalytique: tuer le père; un niveau de la symbolique du cinéma : la nouvelle génération du cinéma se débarrasse de l’ancienne génération, et prend sa place.
L’autre fin est un clin d’œil humoristique sur le commerce; une anticipation sur les critique futures. Derkaoui semble nous dire: vous dites que mon film est commercial, eh bien moi aussi je fais mon shopping et je baisse le rideau. Salut maître.
 

vendredi 15 février 2019

De quelques événements sans signification

photo de la version restaurée du film
                                                                
                                                          
Mostafa Derkaoui est une figure marquante de la cinématographie marocaine. Il en est tout simplement l’un des emblèmes. Après des études de cinéma à Lodz en Pologne, il rentre au Maroc en 1973. Comme un certain nombre de ses collègues, jeunes lauréats de grandes écoles de cinéma européennes, il rejoint le CCM. Mais dans son cas,  se fut pour une courte durée. Un indice sur un caractère et une personnalité. Il fonde alors une société privée  de production qui va lui permettre d’entamer la réalisation de son premier long métrage, Quelques événements sans signification. Le film lui-même sera « un événement » et porteur de beaucoup de significations. Nous sommes en 1974, l’ambiance générale dans le pays n’est pas sereine. « C’est une époque marquée notamment par les arrestations et les procès politiques à l’égard des militants de l’extrême gauche » nous précise Larbi Bellakaf, producteur et ami de longue date de Mostafa Derkaoui. En d’autres termes, ce n’était pas une ambiance idéale pour la sortie d’un film « extrémiste » comme De quelques événements sans signification.  Pour filer cette métaphore politique, le film est « radical"  dans sa forme et dans son contenu. A comprendre dans le sens où il va à l’encontre des schémas narratifs dominants. Mostafa Derkaoui a choisi, pour son premier essai de reprendre le cinéma là où il est arrivé avec les nouvelles avant-gardes européennes, le cinéma indépendant américain et le nouveau cinéma d’Amérique latine. L’intrigue classique est neutralisée au bénéfice d’une quête qui joue sur la mise en abyme filmique puisque nous sommes en présence du dispositif qui nous montre un film dans un film. Une équipe de cinéma cherche à réaliser un film sur le cinéma marocain tombe par hasard sur un crime et décide de suivre l’affaire. Il s’agit du procédé de détournement du récit policier classique au bénéfice d’une narration qui neutralise les codes de genre, creusant un écart avec l’horizon d’attente du spectateur habitué au cinéma dominant…au point de déranger le ministre de l’information de l’époque qui décide d’interdire le film. « Il ne faut pas que ceci voit le jour » ; après moult tractations, il ramena sa décision à une interdiction à l’exportation (sic).

De quelques événements sans signification fait partie aujourd’hui des films cultes de notre mémoire cinéphilique.  Il est porté par une démarche esthétique qui n’est pas sans rappeler le cinéma de Cassavetes, la figure emblématique du cinéma indépendant et radical américain. Mon hypothèse est que « De quelques événements sans signification » de Derkaoui est frère de combat de  Faces de Cassavetes (1968). On y retrouve en effet le même souffle contestataire qui bouscule le langage cinématographique standardisé. Une radicalité qui commence en fait avec le dispositif même de production tout à fait original. La lecture du générique du premier film de Mostafa Derkaoui est en soi un manifeste pour une nouvelle manière de faire le cinéma. Tout ce que le pays compte comme intellectuel est quasiment impliqué d’une manière ou d’une autre dans le film. Des peintres célèbres sont associés à la production. Le film s’ouvre in medias res ; sans scène d’exposition classique. Une série de plans rapprochés ; une multitude de visages, cheveux longs et rebelles ; barbes révolutionnaires ; la bande son en contre-point joue sur un autre registre. La caméra, portée à l’épaule est toujours en mouvement ; suit tel acteur puis rebrousse chemin pour en suivre un autre. La caméra est impliquée dans ce corps à corps. Le montage imprègne un autre rythme et qui ne fait pas du raccord un dogme ; il privilégie plutôt le télescopage des plans.  On part sur un mouvement esquissé par un acteur, pour brusquement enchaîner sur un autre  dans une suite de gros plans et d’inserts qui dialoguent autrement.
Férid Boughédir, le critique de cinéma tunisien qui avait co-dirigé le numéro 14 (printemps 1981) de CinémAction,  consacré au cinéma maghrébin, avait émis des réserves à l’égard du style du film « D’aucuns affirment que l’hermétisme ou le symbolisme de certains films intellectuels sont parfois dans le tiers monde, la seule façon de détourner la censure en présentant masqué ce qu’on ne peut dire directement. Si dans certains cas, cet effort débouche sur des découvertes éclatantes, dans d’autres il aboutit aussi au pire des confusionnismes » écrit-il en substance…Sauf que dans ce cas marocain « l’hermétisme » supposé du film n’a pas empêché les décideurs de l’époque de bien comprendre son message et de l’empêcher finalement à tester son rapport au public

Albachado de Hassan Aourid

  L’intellectuel et le pouvoir ou la déception permanente ·          Mohammed Bakrim «  Avant d’être une histoire, le roman est une in...