lundi 5 mai 2014

pétition africaine pour le maintien de Saïl

Les cinéastes africains se mobilisent pour Saïl

Les salons casablancais et rbatis (voire de plus loin…) connaissent une excitation particulière à la faveur de l’un de leur exercice préféré, un jeu de hasard et de pari sur les têtes qui vont tomber et sur celles qui vont faire leur apparition. La nomination de Zaki a réduit cette marge de jeu ; reste alors le poste annoncé comme vacant, celui de la direction du CCM. Très vite des directeurs de casting ont pris la direction des opérations pour le plaisir des amateurs de l’info-kleenex, celle qui s’évapore le temps d’un clic ; les candidats au casting se bousculent alors au portillon, armés de leur CV, copié-collé du logiciel en vogue, téléchargé gratuitement des sites devenus professionnels en la matière ! Quid du scénario ? Rien. Quel casting pour quel scénario : voilà la question stratégique qui traverse en filigrane, les interrogations qui hantent les professionnels soucieux de leur travail.
C’est le cas de cinéastes africains qui ont décidé de s’adresser aux plus hautes autorités du pays pour dire leur reconnaissance au Maroc, au CCM et à son directeur, M. Saïl ;  rappelle le nombre de films coproduits grâce à l’implication du CCM ; souhaitent et espèrent que son directeur continue cet ouvrage encore fragile. Une pétition circule dans ce sens. Un geste qui a subi l’omerta médiatique.  
M.B
Texte de la lettre adressée à Madame Zoulikha Nasri,Conseillère de Sa Majesté Le Roi Mohamed VI, par des cinéastes africains

Madame,
C’est avec une certaine sidération que nous avons appris  le départ prochain du Directeur du CCM, Monsieur Nour-Eddine Sail.
Nous, cinéastes, regardons et rendons compte du monde à travers  notre  art.
Sans l’implication active du CCM, sous l’impulsion résolue de son Directeur,
35 films africains n’auraient pas vu le jour lors de cette dernière décennie.
La liste, ci-jointe, des films co-produits avec le Maroc depuis 2003, la variété des pays, témoignent, s’il en est besoin, de la vigueur des relations qui lient au plan cinématographique le Maroc à de nombreux pays africains.
Ces films ont été programmés dans des festivals internationaux et, certains, primés. Les réalisateurs de ces films ne manquent jamais l’occasion de souligner leur gratitude à l’égard du Maroc. 
Ces films, à l’instar des films marocains, figurent parmi les meilleurs ambassadeurs du Royaume chérifien.
Durant toutes ces années, Monsieur Nour-Eddine Sail n’a pas ménagé ses efforts, allant de pays en pays amis, tout récemment au Sénégal, pour apporter son expertise et convaincre les autorités locales, que l’investissement dans le cinéma, à l’exemple du Maroc, peut-être un facteur de développement économique et de rayonnement culturel.
Si le cinéma marocain, avec un volume de production inégalé, est aujourd’hui un modèle à suivre pour les pays africains, nous le devons pour une large part à l’inlassable travail de pédagogie et à l’engagement de son Directeur.
Devant l’état de marasme de la production cinématographique du continent, il a été un des tout premiers à militer et à œuvrer afin que l’Afrique conjugue ses moyens et potentiels, en initiant  des productions Sud-Sud.
Il fait ainsi écho aux préoccupations de sa Majesté le Roi Mohamed VI qui met l’accent lors de ses nombreux voyages en Afrique sur la nécessité impérieuse de renforcer dans tous les domaines les relations entre partenaires continentaux.

Ce travail de longue haleine, entrepris avec toute l’équipe du CCM, commence à porter ses fruits. Mais l’ouvrage est encore fragile.
Il exige l’implication pleine et entière d’une personnalité apte à l’incarner et à assumer une vision. Une personnalité unanimement respectée, bien au-delà de nos frontières.
Monsieur Nour-Eddine Sail a du cinéma africain une haute idée et une belle ambition.
Force est de constater qu’aucune personne n’a eu un impact comparable au sien sur la production cinématographique africaine contemporaine.

Certes, un homme seul ne peut suppléer les carences de notre cinéma, mais porté par la reconnaissance des professionnels, comme c’est le cas, il peut faire bouger les lignes.
Dans cette perspective, le cinéma africain dans son ensemble requiert encore les services et la présence de Monsieur Nour-Eddine Sail à la Direction du CCM.

Nous vous saurions gré, Madame la Conseillère, de bien vouloir transmettre notre doléance à Sa Majesté Le Roi Mohamed VI dont nous connaissons l’attachement enthousiaste au septième art.

Veuillez agréer, Madame la Conseillère, l’expression de notre considération distinguée.





Liste des films africains ayant bénéficié d'une coproduction avec le Maroc
(Depuis 2003)

Pays

Titre de l'œuvre

Réalisateur

Guinée
Morbayassa
Cheick Fantamady Camara

R.Côte d’Ivoir
Braquage à l'africaine
Owell Brown

Bénin
Le retour du roi
Roger Nahum

Algérie
Histoire sans ailes
Amar Tribèche

RCI
L'île des vieillards
Simon Pierre Ndjock

Sénégal
Dakar trottoirs
Hubert Laba Ndao

Tunisie
Lune Noire
Nawfel Saheb-Ettaba

Nigeria
One Man's Show
Aduaka Newton Ifeanyi

Angola
Le grand Kilapy
Zézé Gamboa

Sénégal
Aujourd'hui / Tey
Alain Gomis

Burkina
Faso

Moi Zaphira
Apolline Traoré

Mali
Toiles d'araignées
Ibrahima Touré





Burkina faso
Bayiri / La Patrie
S. Pierre Yameogo


Algérie

Combien tu m'aimes / Kedach ethabni

Fatma Zohra Zamoum

RCI
La villa d'à côté (Série TV)
Prisca Maceleney Baguiria

RCI
Le mec idéal
Owell A. Brown

Burkina
Faso

En attendant le vote
Missa Hebie

Burkina
Faso

Nyama/ Le poids du serment
Daniel Kollo Sanou

Tunisie
Lénine (Doc)
Nadia El Fani

Guinée
L'absence
Mama Keita

Benin

Un pas en avant / les dessous de la corruption
Sylvestre Amoussou

Tunisie
Aïd Milad Leila
Rashid Masharawi

Egypte
Aïn Shams
Ibrahim Batout

Tunisie
L'accident
Rachid Ferchiou

Tunisie
Junun

Fadhel Jaïbi





Tunisie
Fooska
Semy El Haj

Guinée
Le sourire du serpent
Mama Keïta

Tchad
Tartina City
Issa Serge Coello

Tunisie
Making Of
Noury Bouzid

RCI
Caramel
Henry Duparc


Sénégal
L'Appel des arènes
Cheikh Ndiaye

Tunisie
La télé arrive
Moncef Dhouib

Tunisie
Fleur d'oubli / Khochkhach
Selma Baccar

Sénégal
Mooladé
Ousmane Sembène

Sénégal
Un amour d'enfant
Ben Diogaye Beye





Prisons et prisons

Des murs, des larmes et des questions


Les films documentaires de la sixième édition du Fidadoc d’Agadir qui a pris fin samedi avec la proclamation du palmarès (voir encadré) restituent une image éclatée, diversifiée d’un monde complexe et tumultueux. Les jeunes et les femmes ont la part belle dans l’écriture «  du scénario » documentaire de notre région. Et c’est un regard souvent porté par des réalisatrices ; les films les plus forts, les plus marquants de cette édition sont en effet l’œuvre de femmes : Le journal de Shéhérazade de la libanaise Zeina Daccache, Des murs et des hommes de la franco-marocaine Dalila Ennadre ou encore Gardians of the time lost de la libanaise Diala Kashmar, pour ne citer que quelques films de la compétition officielle, en sont une brillante illustration.
Entre temps un film, Elgort du tunisien Hamza Aouni, pose tout en abordant la thématique récurrence du destin de la jeunesse, des questions inhérentes à ce que serait la position juste de la caméra dans le traitement d’un sujet sensible. Hamza a opté pour l’identification totale entre l’énoncé et l’énonciation au point que ce n’est pas le cinéaste qui est venu représenter le film à Agadir mais l’un des deux jeunes protagonistes, celui qui est allé très loin dans sa descente aux enfers, triste jeu de mots puisqu’il va s’immoler au feu dans le remake du geste de   Bouazizi emblème de l’échec d’une société à se réconcilier sa jeunesse. Aouni a suivi ses personnages, jeunes ouvriers travaillant dans le commerce du foin entre le nord de la Tunisie et son sud. Suivre est peu dire, la caméra en fait va les accompagner et faire carrément partie de leur vie ; rien n’est épargné au spectateur ; les mots crus reflètent de images de même nature jusqu’drame finalement quand la caméra s’arrête sur les blessures cicatrices du jeune sauvé in extremis des conséquences de son geste fatal. Ce microcosme est nourri des échos de la grande histoire qui donne l’impression de se dérouler sur une autre planète, on la reçoit par bribes. Dans leur road movie les deux jeunes commentent les événements (le film a été tourné avant, pendant et après la chute de Benali) et dressent un bilan accablant de ce qui a été présenté comme une révolution.
Cette ligne de désespoir relie, dans une approche différente, le film tunisien avec  Gardians oh the lost time de Diala Khashmar. A la différence qu’ici, la réalisatrice a choisi des jeunes immobiles, ils sont là, le soir comme des gardiens du temps ; mais le discours est le même celui qui émane d’un horizon obstrué voire inexistant. A la question « que feras-tu dans dix ans ? » l’un des protagonistes répond : « je serai encore là ». La réalisatrice a opté pour une démarche transparente n’hésitant pas à dévoiler le dispositif qui préside à la réalisation du film : elle apparaît à l’écran ; elle est interpellée par ses « personnages » ; la mise en scène se déroule comme un jeu d’équilibre entre les forces en présence ; on sent que c’est un jeu fragile qui risque de déraper à tout instant.
La mise en scène d’un désespoir urbain est le dénominateur commun entre le film libanais et celui de la marocaine de Dalila ennadre qui fait d’abord geste de fidélité en revenant à son quartier d’origine La médina de Casablanca et celui qui a porté son film célèbre Albatalat. Ci ce dernier était un hommage à la gent féminine d’origine modeste te populaire, Des murs et des hommes se présentent davantage comme une radioscopie d’un lieu ou plutôt la nostalgie d’un lieu qui n’existe plus ou du moins comme simple souvenir ressassé par les nostalgiques. Le film est fortement structuré et révèle une écriture murie et maitrisée en amont. Il est porté par une voix off qui émane de la nuit des origines ; c’est la voix d’Anfa, l’ancêtre de Casablanca qui pleure l’état délabré de ce haut lieu de la mémoire. Cette voix off qui scande « le récit »,  donne au film une forme de conte, et du coup ses personnages deviennent comme des éléments dramatiques qui viennent meubler un schéma narratif. Le réel est scénarisé ; aucun élément ne vient faire irruption, comme dans la vie, pour mettre de l’imprévu, de l’aléatoire dans le déroulement presque mécanique de ce drame.
La caméra de Dalila dit franchement de qu’elle côté elle se situe, refuse « l’objectivité de l’objectif » et sa voix vient confirmer et assumer…La médina que son film restitue, est celle de coup de cœur même s’il vire souvent en coup de gueule. Qui aime bien…
Face à cet enfermement/emprisonnement dans le désespoir et ciel ouvert, Zeina Daccache développe une antithèse avec son Journal de Shahrazade ; ses héroïnes sont dans une vraie prion et les murs ne sont pas des barrières sociales et ou psychologiques ; ce sont des murs renforcés de grilles et de gardes…et pourtant le film dégage un désir de vie immense ; ses prisonnières deux fois victimes sont belles et volontaires ; elles s’engagent dans une action de réinsertion sociale et développe un projet. Elles ne se contentent pas de « soutenir » les murs et de ressasser un destin impitoyable. Elles l’assument pleinement à l’image de la caméra de  Daccache qui prend à bras le corps ce récit de rédemption par l’échange ; la parole reprise ; elle est partie prenante de la catharsis. L’humour, parfois noir, parfois drôle, les silences offrent aussi au spectateur une distance pour construire son empathie dans la prise de conscience et non comme résultat d’une manipulation.
Mohammed Bakrim
 Encadré :
Le Palmarès du FIDADOC 2014
A l’issue de ses délibérations le jury international du Fidadoc a décerné les prix suivants :
Le Grand prix : Examen d’Etat (Congo)
Le prix du jury : Ne me quitte pas (Belgique-Pays bas)
Prix des droits humains : Le journal de Shahrazade (Liban)
Les prix parallèles :
Prix 2M : Des murs et des hommes (Maroc)

Prix du public : Des murs et des hommes (Maroc)

l'oued l'oued et les autres

Le réel dans tous ses états

Démarrage de la compétition officielle de la sixième édition du festival international du film documentaire d’Agadir avec l’entrée en lice de films venant de zones géographiques et esthétiques différentes mais inscrits tous dans le souci de témoigner, de dire le monde dans sa diversité et sa complexité. Auparavant les festivaliers et surtout les étudiants de cinéma avaient rendez-vous avec la leçon de cinéma présentée par Nicolas Philibert auteur entre autres du célébrissime Etre et avoir, documentaire qui avait bousculé le box office à sa sortie en drainant des millions de spectateurs pour une histoire qui se passe dans salle de lasse dans la France profonde, sans stars ni budget colossal. Seul le réel ; pour son master class le cinéaste invité a préféré opter pour un échange direct avec les étudiants. Ceux-ci ont en profité pour poser toutes les questions qui leur semblent obstruer l’horizon de leur jeune pratique cinématographique. Se prêtant généreusement à l’exercice, plus de trois heures de débat, Nicolas Philibert a notamment insisté sur le fait que dans le rapport au sujet et concernant la place de la caméra, il ne s’agit pas de chercher à « tricher » en essayant de camoufler le dispositif cinématographique qui préside au tournage du film. Au contraire, il s’agit d’assumer des choix de la part des deux partenaires du projet, « le filmeur et le filmé ».
La suite de la programmation a permis en quelque sorte de mettre en pratique certaines thèses avancées lors du master class et de les confronter à des choix filmiques notamment autour de cette question fondatrice, qu’est-ce qui fait qu’un documentaire relève du cinéma ? Une composante implicite d’une grille de lecture nécessairement ouverte face à l’offre multiple qui caractérise l’offre documentaire. Le premier film présenté dans le cadre de la compétition officielle est L’oued, l’oued, de l’Algérien de Abdennour Zahzah. A partir d’une idée simple, suivre le parcours d’un fleuve de sa naissance dans les hauteurs de l’Atlas à l’embouchure sur la méditerranée, pas loin d’Alger, capter les signes qui meublent ses rives. Le bilan est un constat accablant sur l’Etat d’un pays délabré. Il n’y a pas de sujet à proprement parler sauf peut être le fleuve lui –même qui apparaît comme le personnage principal. Dans son cheminement sinueux il charrie les débris d’une société aux abois. Ses eaux troubles n’en sont pas moins le miroir limpide d’un désarroi livrée à travers une parole libérée ; une parole sous la double contrainte d’un passé tragique et d’un avenir incertain. La caméra de Zahzah promène son regard avec la distance juste, souvent en plan fixe pour clore ce drame avec un plan large sur l’horizon d’une mer sereine.
Autre registre, autre regard avec le film ne me quitte pas (Belgique-Pays Bas) ; ici on passe en quelque sorte de la sociologie à la psychologie, de la caméra qui enregistre à la caméra qui colle au sujet qui n’est plus le contexte mais le moral et le corps. Deux personnages aux profils opposés mais qui forment un couple face aux drames familiaux et personnels qui les accablent. L’atmosphère est noire froide. Les deux personnages sont forts et émouvants ; s’il y a un  prix d’interprétation dans un festival de documentaire, les deux protagonistes de Ne me quitte pas le mérite largement.
Dans le cadre de la carte blanche de Rasha Salti, le public a eu  à découvrir deux films du moyen orient, le libanais Mon père est toujours communiste de Ahmed Ghossein et C’est quoi ton histoire du palestinien Jamal Khalaie. Les deux films ont un point commun dans leur démarche est qu’ils ouvrent le documentaire sur la voie expérimentale. L’image n’est plus portée par un référent situé dans le monde, mais elle se réfère à elle-même avec un travail plastique qui lui confère un statut esthétique autonome, renforcé par une bande son omniprésente.
Mohammed Bakrim


le documentaire à Agadir


Etre et ne pas avoir
« Quelque chose fait peur dans l’exercice du documentaire »
J-L. Comolli
C’est parti pour la sixième édition du festival international du film documentaire d’Agadir (du 28 avril au 4 mai). Des signes extérieurs  l’attestent : les principales artères de la ville sont pavoisées aux couleurs du plus grand rendez-vous marocain dédié au documentaire. L’étiquette, légitime, est alléchante même si les moyens ne suivent pas…Etre sur la carte, et ne pas avoir les outils de travail…Le documentaire ne bénéficie pas du soutien qu’il mérite. Est-ce parce qu’il s’agit d’un genre indomptable ? Son rapport au réel qu’il interroge et libère de l’emprise du spectacle bouscule les habitudes établies. Il brouille les cartes et ouvre sur l’incertain…on le cantonne alors dans la marge. La subvention émanant de la commission du ministère de la communication  est dérisoire (250 mille dirhams !) eu égard aux ambitions affichées du festival et à son positionnement international. Il est hautement symbolique de relever et de signaler à ce propos que la première personnalité rencontrée dans le hall de l’hôtel qui abrite le comité d’organisation n’est autre que Nicolas Philibert, l’une des figures de proue du documentaire contemporain, non seulement dans son pays, la France, mais également sur le plan international. Il est tout autant symbolique de voir combien est grand l’engouement des jeunes étudiants venus nombreux bénéficier de la formation pour ce genre cinématographique que se soit en assistant aux projections, aux masters class ou à la ruche documentaire, une case que le festival organise pour détecter les projets les plus fiables pour soutenir leurs auteurs via un réseau international… Des étudiants du Maroc dans toute sa diversité, de Ouarzazate à Tétouan en passant par Marrakech, Casablanca et Rabat…Des étudiants des écoles de cinéma, des autodidactes ou tout simplement des passionnés, des militants du documentaire. Oui, il y a une dimension cinéphile indéniable à défendre le documentaire aujourd’hui, il y a aussi une dimension militante et je dirai franchement citoyenne à vouloir promouvoir, et encourager le documentaire. Le contexte général s’il n’est pas hostile n’en demeure pas moins ardu…Les moyens ne suivent pas et plus grave encore, la logistique de base fait de plus en plus défaut,  notamment en termes d’infrastructure. Est-il concevable qu’une ville, Agadir, joyau urbain et véritable image du Maroc qui bouge ne soit pas dotée de salles à même d’accueillir les projections dans des conditions correctes et qui respectent les normes du cinéma. Immense déception le premier jour à l’occasion de la première projection du festival, à la fois chez les organisateurs, chez les cinéphiles et chez les professionnels dont le cinéaste auteur du film qui n’a pas manqué d’ailleurs de le signaler lors de la présentation de son film. il s’agit de Nicolas Philibert lors de la présentation de son film à l’Institut français d’Agadir.
Etre et avoir


Ceci dit et rappelé, le festival est sur les rails grâce à l’abnégation de ceux qui le portent dans eur cœur ; grâce à ses nombreux amis et le documentaire a son festival…L’événement phare de cette édition est certainement la carte blanche dédiée au cinéaste français Nicholas Philibert, son film le plus célèbre Etre et avoir a été présenté aux étudiants de cinéma et à un public cinéphile lors de la journée de lundi. Produit il y a plus de dix ans ; c’est un film de 2002, Etre et avoir a gardé toute sa force d’expression et la charge d’émotion qu’il dégage. Le film avait fait l’actualité à sa sortie, d’abord par le grand accueil public qui avait fait de lui le film documentaire qui a drainé le plus de public en salles (plus de  2 millions de spectateurs). Sélectionné à Cannes, son réalisateur avait également obtenu le césar du meilleur montage. Il a eu également un immense succès international. Un succès qui a provoqué une immense polémique puisque l’instituteur que le film suit pendant une année scolaire dans soin travail avec des enfants scolarisés en milieu rural avait poursuivi le cinéaste réclamant des droits relatifs à son image et au contenu de son cours. La justice à tous les niveaux de la hiérarchie judiciaire ne l’a pas suivi.
Le film demeure en soi une leçon de cinéma par ses qualités intrinsèques notamment dans la gestion du temps. En présentant son film à Agadir, Nicholas Philibert a rappelé la durée du suivi de son sujet et la durée du tournage. Premier constat : le documentaire a besoin de temps. Une belle image nous est offerte d’ailleurs en ouverture du film instaurant une sorte de pacte temporel avec le spectateur. A la deuxième scène du film on découvre en effet, dans ce qu’on va découvrir après comme une salle de classe, deux tortues qui avancent. Le film prend le temps de les filmer invitant son récepteur à une logique temporelle aux antipodes de celle en vigueur dans une fiction américaine ou même dans un reportage de télévision où la tension dramatique est née de la vitesse et de la multiplication de nombre de plans par minute. Etre et avoir nous plonge dans « le rythme de la tortue » celui de l’apprentissage par l’écoute, l’échange et l’empathie.
Dans sa structure dramatique le film est marqué par la figure du montage aussi bien le montage interne à la scène, à la séquence ou le montage entre des séquences entières, un montage parallèle à la Eisenstein ;  par exemple à partir de la scène du troupeau de vaches qui est récurrente.
Une autre figure cinématographique paraît essentielle dans la structuration du film en tant que genre documentaire, c’est celle du regard caméra aussi bien celui, furtif, des petits écoliers ou celui frontal et mis en scène, de l’instituteur lors de son entretien quasi direct face caméra.
Mohammed Bakrim


Albachado de Hassan Aourid

  L’intellectuel et le pouvoir ou la déception permanente ·          Mohammed Bakrim «  Avant d’être une histoire, le roman est une in...