mardi 17 janvier 2017

La bataille de la burqa aura-t-elle lieu ?


L’habit  ne fait pas  le moine

Après l’été burkini français, voici l’hiver de la burqa au Maroc ! Les polémiques se suivent et se ressemblent, dévoilant, cette fois au figuré, la misère symbolique et politique de notre époque. Il est très révélateur de noter que c’est la femme, le corps de la femme, qui cristallise cette crise des valeurs que connaissent les sociétés modernes.
Aujourd’hui, les hostilités sont ouvertes à partir de ce que l’on rapporte ici et là, dans quelques villes du pays sur une interdiction du port de la burqa par les femmes. Consigne a été donnée, en amont, aux couturier et autres marchands de vêtements féminins pour ne pas proposer cet uniforme qui cache tout le corps de  la femme. Un produit, si ce n’est une mode vestimentaire livrée dans un kit global (qui touche aussi les hommes) avec l’arrivée dans notre pays de la vague d’un « islam asiatique », afghan, pour ne pas dire du Peshawar…Mode et rites qui n’ont rien  à voir avec la tradition marocaine en la matière. Plusieurs éminents cheiks salafistes ont ainsi précisé que ce sont des pratiques « importées ». « A l’instar de la mini-jupe », ajoutent-ils, renvoyant dos à dos ce qu’ils considèrent comme des hérésies. C’est dans ce sens qu’il fallait lancer le débat. En effet, face aux dérives extrémistes et fanatiques qui s’expriment dans l’espace public par des gestes et comportements communautaires exclusifs, la réponse ne devrait pas passer par des mesures administratives ou sécuritaires. La riposte au fanatisme devrait être de nature politique dans le cadre d’un vaste projet de longue haleine culturel et pédagogique.
Le port de la burqa ne répond ni à un dogme religieux ni reprend une tradition marocaine. C’est une séquence d’un moment global de reconstruction du religieux dans le champ politique sur la base d’un islam globalisé. Il est révélateur de constater que ce sont des hommes qui sont les plus virulents dans leur prise de parole allant même jusqu’à  proposer de produire eux-mêmes l’uniforme interdit pour  le « distribuer à nos sœurs à qui nous apprendrons à le coudre elles-mêmes ». De quoi interpeller le mouvement féminin « laïc » qui devrait s’intéresser davantage à des questions concrètes du genre : pourquoi des femmes instruites acceptent la polygamie (l’affaire Choubani) ? Pourquoi des femmes acceptent de s’enfermer volontairement derrière cette prison ambulante dite « burqua » ?
Une femme qui porte le voile, le hijab, ou même la burqa…n’est pas toujours une femme soumise, subissant un diktat machiste ou misogyne. C’est pour de nombreuses femmes, instruites voire carrément ministres ou parlementaires (suivez mon regard) une manière de sauvegarder leur féminité dans un espace public devenu hostile et agressif. Il faut se rendre à l’évidence, triste pour le mouvement féminin soi-disant moderniste : le repli de nombreuses femmes pour ses formes vestimentaires particulières est une forme de refuge, un rempart pour pouvoir assumer les difficultés de la vie active. Il est quasiment impossible pour une jeune femme habitant la banlieue ou les quartiers populaires de sortir en jupe ou en robe courte. Elles ne peuvent pas faire cent pas sans qu’une meute de désœuvrés   ne vienne  les  harceler sous prétexte de leur faire la leçon. On connaît tous cette image, celle de la femme qui quitte sa maison en djellaba ; une fois dans le taxi, ou dans l’ascenseur…elle se remet à l’habit moderne, exigé parfois par son patron…
Il ne faut pas se tromper d’enjeu et imposer à la société des combats inutiles et auxquelles elle n’est pas encore prête. Le vrai combat à mener d’urgence est pour une société apaisée qui réduit les risques de fracture et d’exclusion…pour un système éducatif performant qui produit des gens cultivés et non des pseudo-instruits. Le combat se trouve donc ailleurs
Lé régime nasserien en egypte était allé très loin dans une lutte féroce contre la mouvance des frères musulmans au point de pendre une de leur figure historique. Mais en même temps ses universités et son système éducatif reproduisaient leur idéologie contribuant ainsi à leur former des cadres (médecins, ingénieurs, avocats…) qui vont finir par s’accaparer la société par un formidable travail de réseaux et récolteront le fruit mur une fois des élections libres organisées (la victoire de Morsi).
En Tunisie Bourguiba et Benali ont imposé une forme de laïcité administrative dans l’espace public. Une fois  que ce carcan a implosé avec la révolution de 2011, on a découvert une Tunisie profonde qui n’avait rien à voir avec celle européanisée de l’avenue Bourguiba !!!
Nous avons la chance historique de vivre dans un système politique où le référentiel religieux est garanti par l’existence de l’institution d’amir al mouminine légitimée de surcroit par l’ascendance chérifienne du souverain ; une sorte de parapluie qui couvre la diversité des pratiques religieuses en cohérence avec l’unité de la oumma marocaine. Une diversité dans l’unité qui favorise l’émergence d’une pratique de la religion dans la sérénité. L’apparition ici et là de formes qui paraissent extrêmes ne font que conforter cet esprit de tolérance et d’exercice de l’altérité. L’acceptation de signes religieux dans l’espace public est la meilleure manière de contrer l’influence des fondamentalistes.


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