lundi 9 juillet 2012

L ' argent du cinéma: 1ère partie


Du fonds d’aide à l’avance sur recettes

La commission d’aide à la production cinématographique nationale vient de rendre public le résultat de ses délibérations au titre de la première session de son nouveau mandat (1). Un résultat très attendu quand on sait que  l’installation de cette nouvelle commission avait donné lieu cette année à un accueil spécial exprimant une certaine curiosité de la part des médias et d’une partie de l’opinion publique alors qu’il n’y a pas si longtemps, cela relevait presque du non-événement. Cet intérêt médiatique et public  peut être perçu également comme   une des conséquences de la place qu’occupe désormais le cinéma marocain dans le paysage artistique et de l’intérêt qu’il suscite dans l’espace public.

Il y a, en fait, une explication en liaison directe avec la conjoncture politique issue du scrutin du 25 novembre et surtout eu égard au discours d’escorte qui a précédé, accompagné la nomination et l’installation de cette nouvelle commission. La chose a pris une tournure telle que l’impression laissée chez de nombreux citoyens est que cette nomination intervient dans le cadre du programme de réforme du nouveau gouvernement. Les discours, les mots utilisés… ont véhiculé en filigrane une interprétation dans ce sens. D’autant plus que cela coïncidait avec la fameuse polémique sur la publication des noms des bénéficiaires des agréments…Bref, l’arrivée de la nouvelle commission était conditionnée par un contexte électrique !

A signaler en outre que les interventions des principaux acteurs de cette opération à savoir le ministre de la communication, le nouveau président de la commission et certains commentaires apparus ici et là ont contribué à accentuer cette impression en instaurant un nouvel horizon d’attente porté par une éventuelle rupture dans le travail de la commission du fonds d’aide à la production cinématographique nationale. La révolution, ou presque !

So on était dans Shakespeare, on aurait dit « beaucoup de bruit pour rien ». Force est de constater, en effet,  qu’il y a eu autour de cette nomination beaucoup de choses  inexactes ou relevant tout simplement de la surenchère facile et démagogique. Un  volet que l’on qualifierait d’idéologique a largement marqué le discours sur  l’action de la commission ; tout cela  mérite aussi débat.

Nous nous proposons dans cette contribution de restituer la nomination de cette commission dans une perspective historique, de rappeler les modalités de son action telles qu’ elles sont arrêtées et fixées par  de nombreux textes et de commenter en outre, les présupposés qui ont porté les discours produits autour de cette nomination notamment sur cette dichotomie devenue argument majeur du référentiel des uns et des autres à savoir la distinction entre la quantité et la qualité : on annonce en effet avec beaucoup d’emphase que l’aide au cinéma va entrer dans une nouvelle ère où la priorité sera accordée à la qualité au détriment de la quantité ! (2)



Signalons alors, en tout premier lieu, que c’est un pur hasard de calendrier qui a fait coïncider l’installation de la nouvelle commission avec l’arrivée d’un nouveau gouvernement. Tout laissaissait croire dans le non-dit des discours véhiculés à cette occasion que la commission précédente a été purement et simplement renvoyée. 0r celle-ci, présidée d’abord par M. Mohamed Larbi Messari (démissionnaire pour des raisons sur lesquelles il faudrait peut-être revenir) puis par Mme Ghita Elkhayat, est arrivée tout simplement  au terme de son mandant de deux ans et ce le 31 décembre  2011. La courtoisie dicterait à rappeler ce fait d’autant plus qu’avec Mme Elkhayat on était devant un cas de figure original : elle était la première femme à avoir présidé la commission du fonds d’aide. Beaucoup d’observateurs objectifs ont regretté ce silence à l’égard de la précédente commission qui tranche avec la philosophie de l’élégance du geste développée et mise en pratique, y compris dans son action personnelle,  par le chef du gouvernement.

dimanche 8 juillet 2012

abderrahmane sissako: le cinéma en attendant le bonheur



La quinzième édition du festival du cinéma africain de Khouribga (30 juin, 7 juillet) a rendu, lors de la cérémonie d’ouverture, un hommage au cinéaste Abderrahmane Sissako. A cette occasion, Mohammed Bakrim a prononcé le discours suivant :

Permettez-moi de prime abord de dire mon plaisir, si ce n’est ma fierté de contribuer modestement à l’excellente initiative de mes amis du festival de Khouribga avec cet hommage rendu à Abderrahmane Sissako ; un hommage aux dimensions multiples, professionnelles, cinéphiles, culturelles et une dimension humaine sûrement ;  car Si Abderrahmane est à l’image de son cinéma : une œuvre ouverte qui ne s’inscrit pas dans un schéma, dans une grille définitive ; une œuvre  à l’échelle d’un continent, le continent africain dont il transforme les blessures en poèmes et les  cicatrices en promesse de bonheur…d’ailleurs c’est le socle de son identité, le paradigme essentiel de sa pensée L’Afrique…il est alors tout à fait légitime de lui rendre hommage ici à Khouribga, le bastion historique de la cinéphile marocaine qui a choisi très tôt de fêter le cinéma africain, de montrer ses films et de dire à ses pionniers : on n’oublie pas ; en célébrant Abderrahmane Sissako ici et maintenant nous célébrons l’Afrique notre mère nourricière,  le creuset de notre imaginaire commun ; le titre générique de notre horizon…

Abderrahmane Sissako a choisi de dire son africanité par le langage de son temps, le cinéma, les images… Au moment où l’Afrique était pratiquement le dernier continent à rejoindre la carte du cinéma mondial. Venu de la Mauritanie profonde, il traversa les frontières à la quête du savoir…traçant en filigrane le scénario de ses créations futures, celle de l’homme moderne confronté à l’horizon incertain ; l’homme nomade comme métaphore de la modernité

Après de brillantes études de cinéma au pays du montage et de la sacralité des images je veux dire le pays qui a donné au cinéma mondial Eisenstein et Tarkovski, Abderrahmane Sissako choisit fondamentalement de mettre son savoir et son savoir-faire au service du cinéma africain. Il entame son parcours par un titre emblématique Octobre, film tourné avec le chef opérateur de Tarkovski dans André Roublev. Octobre est traversé de questions que nous retrouverons déclinées autrement et différemment dans la filmographie en devenir : l’altérité, la quête de reconnaissance, la rupture douloureuse et peut être nécessaire…le film séduit, il décroche le premier prix au festival de Milan en 1994. Le cinéaste a alors trouvé sa voie ; après l’expérience du court il revient à Milan en 1999 pour décrocher le prix du meilleur long métrage avec La vie sur terre ; un film né dans le sillage d’un nouveau millénaire, occasion pour Sissako de revisiter un village malien, métonymique de tout un pays de tout un continent de tout un destin pour dire à la lumière d’un grand poète Aimé Césaire, la détresse et l’abandon. Dialogue de deux poètes à l’aube d’un siècle qui vient…le cinéaste africain assume ce choix ; il est reconnu comme une nouvelle voix qui rejoint celle des maîtres : Sembene Ousmane, Souleymane Cissé, Djibril Diop Mambety… les jalons de l’universalité d’un cinéma émergent

Pour  Adberrahmane Sissako l’entrée par la grande porte du cinéma mondial sera celle  la Croisette.  En 2002 pour En attendant le bonheur, lauréat du Prix de la critique internationale, dans lequel il dénonce l'impuissance des pouvoirs publics africains et les politiques anti-immigrations des pays occidentaux. L’échange inégal des relations Nord / Sud sera une nouvelle fois abordées en 2006 dans Bamako, fable humaniste projetée à Cannes en Sélection Officielle Hors Compétition. Un grand film au sens plein du mot, une construction cinématographique originale qui se joue des frontières factices entre documentaire et fiction ; une rhétorique qui puise dans la tradition orale africaine pour mettre en place un dispositif (la cour) où les rôles et les échanges obéissent à une dramaturgie mais aussi aux règles du quotidien ; avec des moments forts d’émotion, d’empathie et d’éloquence comme cette séquence du paysan qui vient dire son malheur dans sa langue ancestrale et que le cinéaste a eu l’intelligence de ne pas sous titrer car le discours crevait l’écran au-delà des normes linguistiques…Pour Sissako, un cinéaste africain, c’est un artiste venu d’un territoire presque désertique, du point de vue de son art. Quand il arrive à faire un film, il est envahi par le sujet qui devient politique. C’est comme s’il devenait porte-parole. Dans, Bamako, Sissako parvint à neutraliser cette fatalité et son point de vue sur le monde et d’abord un point de vue sur le cinéma…d’où cette sollicitation qui le met au cœur d’une riche activité professionnelle ;

En 2007, par exemple,  il préside le jury du festival Premiers plans d’Angers ; c’est l’année également où il fera partie du jury de la compétition officielle de Cannes. L’année suivante il présidera le jury de la Femis et il viendra aussi à Khouribga  pour présider son jury.

Cette présence multiforme est portée par une générosité et une disponibilité à toute épreuve : il est sans cesse en solidarité permanente avec ses collègues africains profitant de sa notoriété et sa présence dans des commissions d’aide pour mettre en valeur le cinéma africain et encourager les cinéastes de notre continent. La jeunesse en particulier est au cœur de sa démarche de citoyenneté cinématographique africaine ; j’ai eu la chance et le plaisir de constater sur place à Nouakchott l’énorme engouement qu’il a suscité pour le cinéma chez les jeunes mauritaniens grâce à l’initiative de lancer une structure civile et cinéphile la maison des cinéastes qui est devenue rapidement la locomotive d’une riche activité cinématographique prometteuse avec notamment la Semaine nationale du film qui permet à cette jeunesse de montrer ses films et de les confronter à d’autres regards et à d’autres expériences, tout au milieu de ce havre de création une immense photo de Abderrahmane Sissako est dressée comme un geste de reconnaissance et de filiation. Les cinéastes de la nouvelle génération ne tarissent pas d’éloge à son égard et citent plein de projets avec lui, j’en ai retenu un qui continue à me faire rêver Aderrahmane pense en effet à l’organisation des rencontres cinéma et poésie au cœur du désert de Changuit là où le silence parle au silence et les étoiles éternelles illuminent les rimes du poème qui vient.

« Et maintenant, je me dirais à moi-même, à mon corps aussi bien qu’à mon âme : et surtout gardez-vous de croiser les bras en l’attitude stérile du spectateur car la vie n’est pas un spectacle, car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse » in Cahier d’un retour au pays natal  par Aimé Césaire.

Pour finir Si Abderrahmane, à l’image du paysan de la cour de Bamako je te dirai dans la langue de mes ancêtres tanmirt immimen d tragat n jdiguen é gmatnnekh abderrahmane ; et là aussi on ne va pas traduire.

Merci à toi

Merci à Khouribga

Mohammed Bakrim

Critique de cinéma directeur de la rédaction du magazine Cinémag

Khouribga, 30/06/ 2012

jeudi 28 avril 2011

Les ailes de l'amour


C’est le troisième long métrage de Abdelhai Laraki. Les ailes de l’amour, en salle à partir de cette semaine, vient en effet après Mouna Saber, premier long métrage (2001) inscrit dans la logique d’une époque marquée par le récit de la quête à travers l’espace de la mémoire ; Ce premier film raconte l’histoire d’une jeune fille qui revient au pays sur les traces de son père disparu lors des années de plomb. Le film se clôt d’ailleurs autour du lieu emblématique dit Derb Moulay Cherif. Mouna Saber s’inscrivait en toute légitimité dans ce qui allait devenir un genre en soi au sein de la cinématographie marocaine, celui du devoir de mémoire. Laraki passe ensuite avec Parfum de femme (2006) à un autre registre, celui du film d’action sur fond de trafic de drogue, de combines politiques et de déchirement personnel : l’histoire a pour cadre le nord du pays, tout un programme.
Après un passage à la télévision où il a réalisé notamment deux séries, Laraki retrouve donc le cinéma avec Les Ailes de l’amour. Changement de cadre et de décor. Ces ailes de l’amour nous portent de la sphère publique et ses questionnements à la sphère privée et ses errements. Avec ce nouveau film, il place au cœur du récit la question de l’intime, du désir et de l’amour charnel. Cependant, la première caractéristique du film est inhérente à son scénario écrit en référence à un roman marocain, le best seller de Mohamed Nedali, Morceaux de choix, auréolé en outre du Prix Grand atlas (2005). C’est un roman dense, riche en péripéties et, surtout, portant à tous les étages de son édifice les traces de son ancrage dans un milieu socio culturel fortement codé, celui de la médina et de la ville de Marrakech. Nedali est le romancier du Haouz par excellence, nourri d’une culture variée aux confins du pays amazigh et de la capitale ocre. Laraki en s’appropriant cette oeuvre romanesque apporte un nouvel élément au débat souvent emprunt de malentendu concernant le rapport littérature et cinéma au Maroc. Les ailes de l’amour en offre une illustration ; c’est une ouverture opportune et prometteuse. Comment Le scénario a négocié cette rencontre ? A la lecture du roman et suite au visionnement du film, on peut dire qu’il s’agit plus d’une transposition que d’une adaptation classique. Le passage du récit littéraire au récit filmique s’est fait sous le signe de la liberté. La formule utilisée en l’occurrence est qu’il s’agit « d’une adaptation libre » rejoignant ainsi la thèse d’Umberto Eco en la matière « le livre est mon livre, le film est ton film », instaurant définitivement un modus vivendi entre les romanciers et les cinéastes. Comment se décline ici cette liberté du film par rapport au roman ? A mon sens, elle intervient en opérant principalement un remaniement stratégique au niveau de l’espace narratif. En ramenant son récit à la Médina de Casablanca, Laraki et son coscénariste se sont libérés de la pesanteur culturelle qui marque l’espace marrakchi. C’est une donne essentielle dans le livre. La transposer dans le cinéma aurait été une gageure principalement sur le plan de la production de l’imaginaire : un espace ça se sent, ça vit et ça respire une culture. Cette liberté revendiquée et assumée est allée à un point de faire du film carrément un huis clos où les indicateurs spatio-temporels sont secondaires par rapport à l’essentiel du récit, la vie sentimentale de Thami. De quoi s’agit-il en fait ? C’est l’histoire d’un jeune homme, issu d’un milieu traditionnel, son père est Adl (notaire religieux) ; il quitte le giron familial pour se livrer à son sport favori, la drague. De guerre lasse, son père l’aide finalement à embrasser le métier de boucher…cette occupation lui offre l’occasion pour rencontrer la gente féminine ; d’une aventure à une autre, jusqu’à ce qu’il rencontre Zineb…
Le film est, en somme le parcours d’un jeune animé d’une passion face à un ensemble de contraintes : un récit d’initiation où le héros se forge son identité et réalise son rêve. Pour se faire, il épouse la figure du rebelle. A un certain niveau de ce parcours, Thami renvoie à une figure littéraire et mythique celle du don Juan ; celui qui aime toutes les femmes et fait de chacune d’elle l’ultime but de sa vie et leur fait croire à tour de rôle qu’elles sont la passion incarnée. Le don Juan du mythe et son cousin lointain de la médina sont dans la conquête permanente, remplaçant l’absolu sacré (la religion est omniprésente dans leur environnement) par l’absolu féminin. A la diffrence près que le Don Juan historique va finir par succomber au défi qu’il s’impose face à l’absolu alors que Thami va abdiquer quand il va rencontrer le grand amour. Mais à l’instar de Don Juan c’est un amour compliqué puisqu’il s’agit d’une femme mariée (de force certes). L’accomplissement de sa passion sera au terme d’une confrontation qui aboutira aussi à l’émancipation de sa bien-aimée qui finit par le rejoindre dans sa révolte. Cette quête amoureuse s’inscrit donc indéniablement dans une logique de remise en question de l’ordre établi, des valeurs dominantes. Thami exprime à travers son rapport à la femme, ce désir de liberté que la société tente de camoufler par un appareillage normatif et idéologique. Ce ne st pas un hasard si cette révolte se fait contre un père Adl c’est-à-dire habileté par la société à dire le dogme, la voie juste…
Le film s’ouvre d’ailleurs sous le signe funéraire avec la mort du père et l’exercice du rituel de lavement du corps, moment à forte charge symbolique car il s’agira le long du récit de parvenir à un corps réconcilié avec lui-même, dans la mort pour le père, dans l’amour pour Thami…Laraki use à plusieurs reprises de l’image de la mort et du cimetière dans ses films. Mouna Saber commence par une séquence dont le point fort a lieu au cimetière…et Les ailes de l’amour se clôt par une séquence au cimetière. Là, la mort est le point de départ d’une quête autour d’une vérité absente ; ici, la mort signifie la fin d’une époque, la fin d’un monde et l’émergence d’un autre, celui illustré par le regard de Zineb défiant celui du Moqaddem. Le cimetière comme figure filmique renvoie dans un jeu intertextuel à un film que le film et le personnage de Laraki n’hésitent pas à convoquer et à ressortir de la mémoire cinéphile. Il s’agit de L’homme qui aimait les femmes (1977) de François Truffaut. Un plan du film de laraki est carrément dédié au film de Truffait et à son affiche, le plan où l’on voit des jambes de femmes sur fond de confession de Thami. Thami ou le Bertrand Morane de la Médina ? Beaucoup de points communs autorisent ce rappel notamment cette passion pour la gente féminine qui en fait le centre du monde ; Thami partagerait dans l’absolu cette vision du monde que nous en donne le personnage de Truffaut : « Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tout sens, lui donnant son équilibre et son harmonie. »

lundi 4 avril 2011

Tanger, un bilan esthétique

la dernière édition du festival national du film a suscité quelques débats marqués notamment par une dimension polémique au moment même où les questions abordées ne manquent pas d'intérêt. c'est une édition qui a d'abord été marquée par le nombre important de films présentés: pour la première fois le festival depuis qu' il est devenu annuel a programmé 19 longs métrages; une première dans la jeune histoire du cinéma marocain. cette présence quantitative a très vite été abordée en termes de qualité. certains observateurs dès la première partie du festival ont relevé la qualité "médiocre" des films en compétition.

il est utile de revenir sur ce débat, avorté car mené dans la précipitation, en reprenant les éléments des interrogations légitimes qui ont traversé en filigrane l'espace du festival. d'autant plus qu'on dispose aujourd'hui d'un autre élément susceptible de favoriser l'analyse, à savoir le palmarès. c'est un indicateur souvent utile pour aider à tracer les grandes tendances d'une cinématographie.

je tiens à cette occasion à souligner que l'une des lacunes de notre paysage cinématographique est l'absence d'un discours d'escorte qui accompagne cette dynamique et "cette quantité" de films, souvent livrés à eux mêmes sans retour à part quelques impressions ou quelques polémiques qui sont souvent de nature extra cinématographiques. or, l'expérience internationale le monte, un cinéma n'existe pas seulement par sa dimension strictement professionnelle à travers les tournages, les sorties et les calculs du box office. un cinéma c'est aussi toute l'activité discursive qu'elle génère. à ce propos, il me semble opportun à l'occasion du festival national d'établir en toute sérénité un bilan esthétique de notre cinéma fondé tant que possible soit peu, sur une approche pensée et raisonnée. et en toute humilité car voir un film et le juger dans le cadre d'un festival est un acte à risque car marqué par le sceau du flux et du bruit environnant. ceci dit, le débat est toujours utile. (à suivre)

dimanche 27 mars 2011

chronique du dimanche

Football:
Un dimanche chargé d'actualité. commençons par la moins tragique même si elle ne manque pas d'une dose de suspense, c'est le football. ce dimanche a vu le Maroc et l'Algérie se retrouver dans une énième confrontation; encore une fois, le Maroc a raté sa sortie même si sur le papier, il était donné favori. le match, globalement n a pas tenu ses promesses du point de vue de la qualité du spectacle.d'un côté, on sentait trop de presssion pesant sur les protagonistes et de l'autre ce pénalty venu très tôt au bénéfice des algériens et qui a complétement chamboulé le schéma initial des stratèges marocains; d'emblée donc ces derniers étaient appelés à gérer un scénario inédit d'autant plus compliqué que l'arbitrage n'a pas brillé par la qualité de sa prestation, trop flottante à mon avis. mais, c'est facile de rejeter la responsabilité sur les ocnditions extrinsèques. il faut savoir raison garder et analyser à froid les conditions globales du déroulement de la rencontre. et pour aller dans le sens de la fameuse boutage qui dit qu'il y a trente millions d'entraineurs au Maroc, je vais m'y mettre aussi pour dire que sur le plan tactique l'entraîneur algérien a marqué un point au détriment du coach marocain: c'est une équipe algérienne très moyenne qui a remporté le match grâce à sa motivation et à un plan tactique qui a neutralisé less vélléités techniques des joueurs marocains restés cliotrés dans un schéma mécanqiue celui de chercher à tout prix la tête de Chamakh. c'était affligeant ! il a afaalu attendre les 20 dernères minutes pour voir enfin l'ébauche de construction à parir des latéraux (le réveil tardif de slimani) et la percée par le centre avec l'arrivée majestueuse de Benatia qui dans un geste de sursaut a réussi une très belle action!

maintenant on a de la matière à débat jusqu'au match retour; disons simplement que sur un plan symbolique, ce résultat arrange les Algériens qui souffrent déjà de voir le Maroc marquer des points dans de nombreux domaines si en plus on les écrase sur un terrain de football, le fameux paradigme historique qui bloque une partie de l'élite algérienne risque encore de s'aggraver...un match avec l'algérie n'est jamais innocent! il est surdéterminé par quelque chose qui transcende le factuer pour surfer sur le culturel...la grandeur d'une nation réside justement dans la capacité est de ramener les choses à leur dimension réelle est que la véritable compétition se mène d'abord avec soi-même...

mercredi 3 juin 2009

cannes 2009


Le cinéma plein les yeux
Il fait beau sur la Croisette, les plages sont magnifiques sur la méditerranée mais c'est le cinéma qui détermine les comportements, les gestes…le mode de vie et les affaires bien sûr. Un festival de cinéma de l'envergure de Cannes est une aubaine économique. Le chiffre d'affaires confirmé pour 2009 tourne autour des 300 millions d'Euros pour une édition ayant démarré avec quelques incertitudes et la hantise des effets secondaires de la crise financière internationale. Mais très vite les choses sont rentrées dans l'ordre et Cannes est redevenu Cannes avec une caractéristique qui le distingue et fait sa marque de fabrique indélébile: la cinéphilie. On peut relever le côté stars et paillettes qui lui donne un certain charme souvent inaccessible pour le badge lambda, être agacé de l'organisation trop compartimentée sinon trop rigide mais Cannes reste la capitale de la cinéphile internationale, le rendez-vous des passionnés de cinéma, tout le cinéma. Une scène parmi mille: je coche sur mon programme d'aller voir le film, Amreeka de la palestino-américaine Shirin Dabis (une délicieuse comédie sur l'altérité). Il est programmé dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs, une section cannoise parallèle à la sélection officielle; c'est le creuset de la création internationale auréolée cette année par l'arrivée de F.F Coppola qui y a présenté son film en ouverture. Et bien imaginez qu'il m'a fallu patienter dans une longue file pendant près de deux heures pour être sûr d'accéder à la salle. Même scénario pour toutes les salles, tous les jours et tous les genres de cinéma. Une foule de toutes les générations portée par le même souffle celui de tomber sur la perle rare. Il faut dire à ce niveau que cette année et d'un point de vue strictement cinéphilique, les sections, disons mineures, sans jugement de valeur: Un certain regard, la Quinzaine et la semaine de la critique ont été des rivières charriant des perles au moment où la section phare, la sélection officielle a été portée par des vagues de polémiques et d'interrogations profondes sur l'état de la cinématographie mondiale. Et pourtant sur le papier quand le dynamique délégué général du festival, Thierry Frémaux avait annoncé les vingt films sélectionnés pour 2009, les observateurs avaient affiché une certaine satisfaction étant donné l'assurance tout risque que représentait la présence de certains noms familiers de Cannes et surtout ayant habitué leur public à des surprises agréables: Almodovar, Ken Loach, Lars Von Trier, Haneke…ou Quentin Tarentino…cette fois ce ne fut pas toujours le cas. Chaque film donnait lieu à des avis partagés.
Quand j'arrive à Cannes, le festival ayant déjà démarré, mes amis et collègues de la critique m'harcèlent de questions : "as-tu vu le dernier Lars Von Trier?"."Il faut absolument aller voir "Antichrist". Le film du rebelle danois a mis Cannes en émoi et a partagé le microcosme cinéphile habitué à des vénérations collectives. Le test dans ce sens est la séance de 8H30 celle où le gotha de la cinéphilie mondiale vient donner le ton de la journée avant les fastes de la montée des marches. Lars Von Trier n'a pas ménagé ce beau monde. Le film est une descente aux enfers. Tout commence pourtant sous des signes prometteurs avec une très belle scène d'ouverture du point vue esthétique de l'image et de la chorégraphie, accompagnée d'une somptueuse musique; un couple fait l'amour d'une manière intrigante (la salle de bain?); la caméra pivote vers la chambre à coucher pour nous faire découvrir un enfant qui vient de se réveiller. Le parallèle commence à inquiéter. L'enfant, en fait, un bébé, se dirige vers son jouet situé au bord de la fenêtre…la mort arrive en choc : la chute de l'enfant ne nous est pas épargnée. C'est délibéré de la part de l'enfant terrible de Dogma; cela en effet va mettre en place le traumatisme initial qui va entrainer le couple très loin dans une introspection d'une violence inouïe…Le film sera descendu par une grande partie de la critique française qui va opter plutôt pour Prophète de Jacques Audiard (belle prestation de jeunes comédiens d'origine maghrébine). Autre rendez-vous raté avec la critique Etreintes brisées de Pedro Almodovar. Un scénario qui puise dans le cinéma l'argument d'un mélodrame à trois un cinéaste qui tombe amoureux d'une actrice qui vit sous l'emprise un riche sexagénaire. Le cinéma dans le cinéma est toujours un exercice intéressant mais le film séduit et ne convainc pas. La surprise radicale vient de Quentin Tarentine avec son extraordinaire The Inglourious besterds qui nous transpose dans la France sous l'occupation nazie pour réécrire l'histoire à sa manière sans souci de vraisemblance. Cela donne un magnifique exercice de revanche du cinéma sur l'histoire. Un autre enfant doué du cinéma revisite l'histoire à la première personne, le palestinien Elia Suleiman et son The time that remains: un récit autobiographique qui n'hésite pas à brosser un tableau satirique d'une tragédie sans fin. De l'humour noire face au ridicule de la guerre de libération arabe de 1948 ou encore des gestes burlesques face au mur de séparation israélien…une comédie douce amère, mine de rien optimiste. La palme d'or décrochée par Le ruban blanc n'est pas "seulement?" un signe de la présidente du jury à l'égard de son cinéaste fétiche Michael Haneke; non c'est une récompense méritée et largement. Le film dans un noir et blanc époustouflant cerne les racines du mal à partir de la captation d'événements organisés en micro récits pour s'acheminer vers la tragédie qui pointe à l'horizon. Une dramaturgie du mal au scalpel de la caméra.
Guerre, violence, sexe, religion…la sélection officielle allait être à l'image d'un sommaire de jt d'une banale soirée de télévision, sauf que Jane Campion était là pour son film, mon coup de cœur cannois, Bright star: une émouvante histoire d'amour dans la banlieue de Londres du début du XIX siècle et qui met en scène la figure de proue de la poésie romantique anglaise, John Keats mort à l'âge de 26 ans. Un très beau film, une très belle actrice, des images qui expriment la poésie d'un monde qui s'en va.

Albachado de Hassan Aourid

  L’intellectuel et le pouvoir ou la déception permanente ·          Mohammed Bakrim «  Avant d’être une histoire, le roman est une in...