lundi 9 janvier 2017

cinéma marocain: la question du chef-d'oeuvre

C’est une pratique courante dans les pays où le cinéma obéit à un fonctionnement institutionnel aussi bien au niveau de son industrie que des discours qui l’accompagnent : les fins d’années sont l’occasion d’établir des palmarès, des bilans ; la presse généraliste et spécialisée jouent un rôle majeur dans ce sens en confrontant sans cesse le cinéma à un regard évaluatif à des exercices d’appréciation qui font partie de la règle du jeu. Quel est le meilleur film de l’année ? Quels sont les films marquants de la jeune histoire du cinéma marocain ?...Des interrogations qui sont souvent prétexte à un travail de mémoire, de déchiffrement dont les retombées pédagogiques sont immenses pour un cinéma qui souffre déjà d’un déficit de légitimité culturel.  Cela offre la possibilité aux critiques, aux cinéphiles d’affiner leur approche, de réfléchir en perspective dans une vision analytique.
Peut-on dans ce sens poser la question du chef-d’œuvre au cinéma marocain ? Peut-on parler d’un film – ou des films-  chef (s)-d’œuvre au sein de la filmographie marocaine ? La question est pertinente, elle a été largement abordée sous d’autres cieux, et elle m’a été inspirée par l’appel à contribution lancé par le laboratoire littérature, art et société de la faculté des lettres de Rabat dans la perspective d’un ouvrage collectif co-dirigé par les professeurs Youssef Wahboun et Hassan Moustir.  Une note importante  de présentation préparée par mon ami Wahboun situe la problématique et propose le cap :   « Qu’en est-il du chef-d’œuvre dans la culture artistique et littéraire marocaine ? Il est à la fois tentant, ambitieux et légitime de poser la question, plus en vue d’inviter à considérer la création au Maroc à l’aune du « grand contexte » qu’en raison d’un souci de valoriser la production intellectuelle nationale ou d’un désir de primauté au sein d’une question à ce jour jamais formulée scientifiquement ».
Pour le cinéma, la problématique est on ne peut plus pertinente eu égard justement à ce que Kudera cité par Wahboun appelle « le grand contexte ». Il est vrai que le cinéma développe autour de lui un discours inflationniste qui s’accapare souvent l’espace public. Il n’y a rien à dire le cinéma est omniprésent même sous des formules chaotiques. On lui reconnaît même la primauté d’avoir abordé certains sujets tabous et avoir suscité des polémiques. Et en toute objectivité, on peut relever  que durant les deux dernières décennies, le cinéma est devenu la première forme d’expression artistique de l’imaginaire collectif de la société marocaine.
Ce cinéma a-t-il alors produit son chef-d’œuvre ?  Y a- t-il un FILM marocain qui réunit autour de lui un large consensus ?
Pour enrichir le débat et l’élargir je n’ai pas hésité à impliquer dix de mes amis critiques et cinéphiles pour leur demander quels étaient les cinq meilleurs films, de leur point de vue, du cinéma marocain et quel était LE FILM qu’ils considèrent comme le chef-d’œuvre. Les résultats de l’enquête sont édifiants…mais je ne vais pas les divulguer tout de suite. Il y a d’abord quelques préliminaires méthodologiques à régler. Au niveau sémantique d’abord : la notion de « chef-d’œuvre »  ne brille pas par sa précision ; elle est plutôt d’une grande élasticité qui ne facilité pas la tâche d’une catégorisation dans un domaine aussi complexe que celui de la production artistique et notamment cinématographique. Même le recours au dictionnaire n’est pas d’u grand secours. À l’origine, chef-d’œuvre renvoie à un ouvrage que devait réaliser un artisan pour recevoir la maîtrise de sa corporation. J’aime bien cette définition et il y a des mots à souligner : « artisan », « maîtrise », « corporation ». donc la finalité de l’ouvrage est une reconnaissance des pairs.
Il y a aussi l’usage courant où la notion renvoie à une œuvre d’art, littéraire ou non qui touche à la perfection. Là on passe à un niveau de jugement subjectif. Victor parle à propos de la cathédrale d’Amiens de « chef-d’œuvre  prodigieux ».
A partir de là et par extension, « chef-d’œuvre »  laisse comprendre à propos d’un œuvre  d’un travail, ce qui est parfait en son genre; ce qui témoigne d’une parfaite réussite.

Dans sa note de présentation Youssef Wahboun cite les équivalences du  vocable « chef-d’œuvre  » dans les autres langues européennes : masterpiece, capolavoro,  obramaestra…quid de la langue arabe ? J’ai beau chercher, il n’y a pas un équivalent dans la langue arabe littéraire. Cette absence ou ce silence est déjà révélateur… Par contre dans le parler marocain, il y a une expression composée qui peut signifier chef-d’œuvre « rass-souk », littéralement : « le top du marché ». C’est une expression qui illustre très bien qui sous-tend la notion de chef-d’œuvre à savoir la perfection, la rareté, la valeur exclusive. Mais trouver le mot ne résout pas l’équation : quels sont les critères pour désigner une œuvre comme chef-d’œuvre comme le top du marché ? à suivre…

mercredi 4 janvier 2017

cinéma marocain : le palmarès 2016

Podium 2016

1)      Le film de l’année Strave your dog de Hicham Lasri


une première place du podium pour son originalité et pour le confirmation d’une démarche cohérence dans son mode de production et dans sa rhétorique aux antipodes du storyelling.
2)      La comédienne de l’année :

Elle était la révélation de Tanger 2016, Lanaya a porté son rôle dans Petits bonheurs avec charme et intelligence face à une pléiade de comédiennes de talent
3)      Le comédien de l’année

Il incarne Driss Basri dans Starve your dog ; tout un programme un pari sur lequel pèse un sur-moi politique et esthétique. Benaissa s’en tire avec brio
4)      La promesse 2017


Tala Hadid  revient avec un documentaire époustouflant sur un village du Haut Atlas :   Tamazgha a son grand film de cinéma. La belle promesse de 2017




cinéma: bilan 2016

2016 : la défaite de l’intelligence
Sur quel bilan nous fêtons un nouvel an ? Peut-on  concentrer le rituel flashback de fin d’année sur le cinéma en dehors du climat général qui règne dans le pays et dans le monde ? Ne s’agit-il pas d’un même circuit d’images ? Celles du cinéma se nourrissant et réfléchissant les images du monde ? Ce ne sont plus alors des images innocentes. L’un des livres marquants que j’ai lus l’année écoulée et l’opus du cinéaste Jean-Louis Comolli intitulé justement Daech, le cinéma et la mort. La violence de quelques images a fini par contaminer toutes les images ; voir la violence hyperstylisée de deux films marocains sortis en 2016 : les larmes de Satan et a mile in my shoes. On n’est plus dans le cinéma mais dans la repoduction d’un « certain cinéma » du monde
  Je suis tenté dans cette perspective de rejoindre le constat établi  par nos confrères des Cahiers du cinéma, la revue parisienne qui relève sous la plume de son directeur  de rédaction : « nous sommes meurtris, car c’est la défaite de l’intelligence ».  Un simple tour d’horizon nous montre que 2016 s’en va, nous léguant un champ de ruines. De grands cinéastes américains se disent atterrés par les résultats des élections présidentielles de leur pays qui ont mis à la tête de la plus grande puissance militaire du monde un businessman sans expérience ni dimension intellectuelle. Chez nous la classe politique offre un sinistre spectacle autour de la formation d’un nouveau gouvernement rendant dérisoire la réussite de l’exercice démocratique du 7 octobre.
Ici et là, des événements, des comportements mettent à nu les limites de nouvelles élites incapables d’offrir autre chose que la course au succès facile, à la posture et à la mise en valeur de l’égo. Au point qu’un philosophe canadien a rédigé un livre pour décrire la médiocrité généralisée qui sévit partout : les médiocres ont pris le pouvoir dit-il, dans la politique, l‘entreprise….A méditer.
C’est pour dire que le cinéma, tout compte fait, n’évolue pas dans un écosystème favorable. Au Maroc, la dépendance de plus en plus directe de l’organisme du cinéma (le CCM) du département de tutelle, à savoir le ministère de la communication s’avère désormais un handicap majeur. Il se trouve que le bilan de cette année écoulée coïncide aussi avec la fin du mandat de l’ex-ministre de la communication. Ces années  ne sont pas des années glorieuses pour cinéma marocain. Il n’est pas étonnant qu’il ait été élu dans une région où il n’y a plus de salles de cinéma depuis belle lurette. Déjà les professionnels du secteur regrettent ses prédécesseurs.
Mais au-delà du cadre politique, l’année 2016 a démontré d’autres lacunes du cinéma marocain. Le fonds d’aide et l’avance sur recettes sont dévoyés de leur objectif initial. Les festivals de cinéma dont la multiplication avait fait, un certain instant, illusion, traversent pour la plupart une crise structurelle grave qui appelle un tri et une nouvelle approche de la subvention publique. L’augmentation du nombre des festivals, perçue au départ comme un vecteur de cinéphilie s’est révélée dans sa progression inversement proportionnel du public du cinéma. Les festivals ne dopent pas la culture de cinéma car ils n’ont pas réussi à construire leur propre public.
Sur le plan du cinéma stricto sensu, l’année 2016 n’ pas été celle de grandes révélations ni de révélations tout court. Le court métrage s’enlise dans une médiocrité et le long métrage cède à la tentation populiste et démagogique. Le palmarès du festival national du film en février 2016 a été dans ce sens un constat accablant en mettant en avant un cinéma tape à l’œil : prépondérance de l’image travaillée pour elle-même au détriment du plan ; le recours au montage « attraction » pour neutraliser toute velléité de distanciation chez le spectateur.  On est passé d’un cinéma d’auteur, dont le référent est la cinémathèque à un cinéma de faiseur d’images dont le paradigme fondateur est youtube.
Mes coups de cœur  de 2016


1)  Toni Erdman de Maren Ade, film austro-allemand, une brillante comédie sur les mœurs du capitalisme et ses figures modernes, les managers et les coaches. Un père sexagénaire part à la reconquête de sa fille pour la sauver des méandres de sa vie au service de la grand finance. Un parcours de redécouverte mutuelle dans une ambiance de satire et dérision. Une autre raison personnelle de ce coup de cœur l’héroïne s’appelle Inès… comme ma fille qui s’apprête elle aussi à embrasser la carrière de consultante financière. Elu meilleur film de l’année, Toni Erdman a été plébiscité également par la critique internationale.  Il devrait être visionné cent fois par certains de nos cinéastes…


2)  Starve your dog de Hicham Lasri. Le film le plus politique de notre filmographie…sans avoir pour sujet la politique. oui, il s’agit de Driss Basri mais le film n’est pas une biopic ; filmé en surimpression avec un regard sur le réel sans cesse biaisé par l’irruption de l’irréel.    
3)  The donor de Zang Qiwu, Chine. Une leçon de mise en scène ou comment le mélodrame est sublimé par le regard d’un cinéaste attentif aux mutations d’une urbanité qui écrase les sentiments humains.
4)  Mimosas, la voie de l’atlas de Oliver Laxe, Espagne-Maroc : un voyage mystique, contemplatif, ludique dans un Haut-Atlas inédit.
5)  3000 layal de Mai Masri, Palestine. Une prison israélienne, des prisonnières politiques palestiniennes, des détenues israéliennes de droit commun et un enfant palestinien qui naît dans cet univers clos. Maï Masri confirme.


dimanche 25 décembre 2016

Tarfaya ou la marche d’un poète, il y a cinquante ans


Ode à l’errance esthétique

C’est un film emblématique d’une époque prometteuse du cinéma marocain : il y a cinquante ans (196), en effet, des jeunes cinéastes fraîchement diplômés (la 18ème promotion de la célèbre école parisienne de cinéma, l’IDHEC) collaboraient au tournage d’un court métrage qui marquera les cinéphiles, Tarfaya ou la marche d’un poète. Le générique nous apprend que le film est co-réalisé par Tazi et Bouanani même si beaucoup d’autres observateurs l’attribuent uniquement à Bouanani. Feu si Ahmed en a signé le montage et le texte très poétique de la voix off, Rechiche était à la prise de son.  Dans certaines de ses interviews, Ahmed Bouanani aimaient dire qu’il avait fait beaucoup de films signés par d’autres…mais c’est une question que trancheront les historiens de cinéma. Aujourd’hui, Tarfaya ou la marche d’un poète honore le court métrage marocain.
Le film d’une durée de 20 minutes, en noir et blanc aurait mérité d’être célébré à l’occasion de son cinquantenaire, par exemple à Laayoun où cette semaine se déroule une manifestation dédiée au documentaire sur l’espace et la culture sahraoui.  D’autant plus que le film ne manque pas de vertus didactiques ; il constitue une bonne opportunité pour les jeunes réalisateurs qui se confrontent, souvent pour la première fois, au documentaire et le documentaire thématique en particulier. Il faut une rééducation du regard pour le libérer du formatage du tout visuel (ils voient les images sur Youtube). D’autant plus que beaucoup de réalisateurs sont marqués par leur collaboration avec la télévision. Celle-ci impose une vision fausse du documentaire. Ce qu’on y voit ce sont des reportages de société marqués par la grammaire télévisuelle à savoir  tourner vite ;  hyper-dramatisation ; goût du sensationnel et sujet dicté par l’air du temps. Tarfaya est aux antipodes de cette démarche.
Pour Bounani, on ne pouvait aborder l’espace saharien en dehors de l’angle de la poésie. Dès le titre, cette référence double est convoquée : un lieu, Tarfaya qui renvoie à des images qui confinent à la mythologie du désert, de la mer et de la rencontre de l’autre ; la marche d’un poète renvoie à la figure de l’errance : les grands espaces du désert sont une invitation permanente au voyage,  à la méditation, à l’inspiration. Les images physiques sont le levier des images rhétoriques.  Le film n’échappe pas à cette approche ; le court métrage épouse lui-même la forme de son contenu. Ce n’est pas un documentaire pur ; et ce n’est pas une fiction classique ; son écriture reste cependant marquée par ce que j’appellerai une éthique du documentaire : la caméra n’est pas envahissante ; le film a une durée de 20 minutes mais il donne l’impression qu’il dure plus car il est porté par une logique du temps qui est celle de son sujet. Dès la séance d’ouverture le ton est donné : on filme les gens et les objets avec empathie ; la caméra intègre cette communauté qui s’installe. L’enfant est au centre du récit ; c’est lui que nous accompagnerons, une fois devenu adulte, dans sa quête de ce grand poète censé l’initier à la magie des mots. Cette quête de l’inspiration poétique est à lire comme une parabole de la recherche esthétique du jeune cinéaste lui-même. Le jeune Khaled qui traverse les espaces n’est-il pas à l’image de cette jeune génération de cinéastes qui arrivent cherchant à inscrire un langage universel, le cinéma, dans des codes culturels. Au terme de sa quête Khaled arrive trop tard, le poète tant recherché n’est plus là ; il n’est qu’un symbole ritualisé par des célébrations triviales (le geste de Khaled refusant de voir le sang de l’animal sacrifié). Mais ce n’est pas une quête perdue, elle a été en elle-même un parcours initiatique. Le jeune poète a trouvé  sa voi(e)x en lui-même. Comme le jeune cinéaste.
Film produit par une institution officielle, le CCM, il réussit à répondre à la commande sans se réduire à un reportage institutionnel.  Il réussit par exemple à nous faire découvrir, dans son aspect documentaire stricto sensu, cette belle région du pays,  y compris en recourant à des images officielles d’archives sur la libération de Tarfaya, insérées intelligemment dans un dispositif de visionnage kaléidoscopique que l’on retrouvait chez des marchands ambulants dans les souks. Un dispositif qui comporte déjà des clins d’œil   au cinéma que prônera Bouanani toute sa vie.

Mohammed Bakrim 

vendredi 16 décembre 2016

festival national du film sur l espace saharien

Le festival de trop
Annoncée pratiquement à la dernière minute, la nouvelle édition du « festival national du film documentaire sur la culture, l’histoire et l’espace sahraoui » (l’intitulé le plus long des festivals du monde !!) se  tient à Laayoun du 19au 22 courant dans une quasi discrétion. Cela donne déjà une idée sur la pertinence d’une manifestation née sous des auspices idéologiques loin de toute considération cinématographique. Déjà la première édition avait été un échec aussi bien sur le plan artistique qu’organisationnel ; et le pauvre jury impliqué avait essayé de sauver les apparences et s’est contenté de timides recommandations appelant à une révision des critères qui président à la sélection des films inscrits au programme. Des films produits pour la circonstance alors qu’un documentaire suppose des années de travail et de recherche.
 Sur le plan organisationnel et malgré l‘expérience des cadres du CCM mobilisés dans de dures conditions, les observateurs objectifs ont noté d’énormes dysfonctionnements à tous les échelons de la vie d’un festival (accueil, hébergement, ponctualité…). Normal pour une manifestation pilotée à partir de la capitale en contradiction avec le principe même de la régionalisation. Un festival délocalisé, clé en main.  
En fait, ce festival est une erreur. C’est une fausse bonne idée. Une initiative malheureuse de l’ancien ministre de la communication qui est parti d’un postulat erroné, dénotant sa méconnaissance du cinéma marocain. En effet M. Khalfi racontait à ceux qui voulaient l’entendre qu’il s’agissait pour lui d’agir pour « réconcilier le cinéma marocain et la cause nationale » (sic !).
   On sait que le sujet est récurrent et revient sous une forme ou une autre dans l’espace public. Aussi bien pour le court métrage comme pour le long, pour le documentaire comme pour la fiction, la question nationale est l’objet, implicitement ou explicitement, de traitement cinématographique diversifié. Faut-il rappeler, dans ce sens,  les documentaires réalisés dans la ferveur patriotique qui a accompagné la Marche Verte ; je cite à ce propos le long métrage de feu Mohamed Lotfi, La Marche Verte (1975) et le court métrage portant le même titre de Souheil Benbarka.
Pour la fiction, il y a lieu de citer le très beau court métrage de Hassan Legzouli, “Quand le soleil fait tomber les moineaux“, « l3adrej » (1999), entièrement tourné dans un village de Moyen Atlas, avec les habitants jouant leur propre rôle. Beaucoup de jeunes de ce village sont des militaires mobilisés dans la guerre imposée au pays. L’un des moments forts du film est la scène de l’arrivée de deux représentants des autorités chargés d’informer une famille de la mort de ses deux enfants dans la guerre. Le tout filmé avec justesse et distance qui n’exclut pas l’émotion...  
En fait, il ne  s’agit  même pas de discuter cet argument fallacieux en faisant l’historique du cinéma marocain car nous sommes en face tout simplement d’un geste politicien dicté au ministre par des conseillers cherchant à pallier  l’absence de programme  par des propositions caressant l’opinion du ministre dans le sens de son idéologie. Sauf que ce faisant, ils ont repris à l’égard de la question nationale la logique de Basri qui avait fait tant de mal à la cause qu’elle veut servir en encourageant une forme d’économie de rente remise en question par les nouvelles orientations royales. Avec un nouveau fonds d’aide dédié d’une manière discriminatoire aux films sur le sahara, on assiste à l’émergence d’une nouvelle génération de « chasseurs de prime » pour reprendre une formule popularisée par feu Mostafa Mesnaoui.
Cette discrimination, toute positive qu’elle se veut être,  suscite l’ire des expressions culturelles autres que le hassani. Les Amazighs sont en première ligne pour revendiquer un fonds similaire. Et ils sont dans leur droit de réclamer une discrimination positive à l’égard des films documentaires sur la culture amazighe. Quand on ouvre la boîte de Pandore….
Le plus naturel aurait été de verser les dix millions de dirhams dans la cagnotte du fonds d’aide national qui gère l’avance sur recettes en le réorganisant pour instaurer une quatrième session dédiée spécifiquement aux premières œuvres et au documentaire.
Il est dommage que la profession ne soit pas suffisamment organisée et unie pour savoir dire non aux initiatives qui, in fine, lui sont  nuisibles. Il fallait en 2012 dire non au livre blanc qui a engendré une année blanche de la production ; dire non à la mascarade des assises dont les résolutions sont restée lettre morte (la preuve on se réunit encore pour adopter de nouvelles résolutions).
J’ai parlé d’une année blanche pour 2012, en fait, il s’agit de quatre années noires qui viennent d’être « consacrées » à Marrakech…et ce n’est pas les mirages de Laayoun qui pourraient faire illusion sur un triste bilan.  Les chiffres des entrées de 2016 viendront conforter les uns ou démentir les autres.   


mardi 13 décembre 2016

Abdellah Mesbahi in memoriam

Feu Abdellah Mesbahi



Je souhaite tout d’abord féliciterla Fondation du Festival International du Film de Marrakech pour cette belle initiative et remercier son Président, Son Altesse Royale le Prince Moulay Rachid, ainsi que ces deux vice-présidents,  M. Faïçal Laraichi et Sarim El Haq Fassi Fihri. Cette initiative a une forte portée symbolique aussi bien sur le plan humain que professionnel.
Nous honorons la mémoire d’un des pionniers du cinéma marocain, feu Abdellah Masbahi. Qu’un Festival aussi important que celui de Marrakech rende un tel hommage, témoigne, une fois de plus, de l’intérêt que le Festival porte au cinéma marocain. Les hommages posthumes qu’il rend cette année sont hautement symboliques puisqu’ils évoquent la mémoire de deux cinéastes, Abdellah Masbahi et Abbas Kiarostami. Leurs parcours et leurs choix sont très différents mais ils sont unis par l’amour que chacun d’entre d’eux porte, à sa manière, au cinéma.C’est cette passion pour le cinéma qui a poussé le Festival de Marrakech à les célébrer. Ce Festival de grande envergure n’oublie pas ses amis.
Abdellah Masbahi est en effet un grand passionné de cinéma. On dit qu’il y a ceux qui « habitent le cinéma » et ceux qui sont habités par le cinéma. Et Abdellah Masbahi est de ces derniers, car on ne peut pas dissocier entre sa vie et le cinéma ni entre le cinéma et sa vie.
Abdellah Masbahi, décédé à la fin de l’été dernier, est né dans la ville d’El Jadida. Cette ville moderne par excellence a enrichi la scène culturelle marocaine grâce à une brillante élite de créateurs dans tous les domaines. C’est dans cette ville ouverte et multiculturelle que Masbahi a décidé de faire du  cinéma un choix de vie. Pour cette raison, il s’est rendu à Paris à la fin des années cinquante et y  a reçu une formation de théâtre et de cinéma.
A son retour au Maroc, il a occupé un certain nombre de fonctions administratives dans le domaine du cinéma, mais son ambition était autre ; aussi s’envolât-il pour le Moyen Orient. Ce fut un tournant  décisif car il prit conscience de la nécessité d’un cinéma ouvert sur le public et sur ses préoccupations.
Dans les années soixante-dix, dite«  décennie des auteurs », alors qu’un groupe de jeunes cinéastes marocains remettait en cause le langage cinématographique pour créer un discours plus esthétique et radical, Abdellah Masbahi a, quant à lui, fait le choix d’utiliser le langage cinématographique dominant - dans sa variante égyptienne- pour toucher un public plus large.
Et c’est ainsi qu’on peut dire, de manière tout à fait objective, qu’il était porteur d’un projet cinématographique intégré et cohérent, dont les éléments peuvent se résumer ainsi : « pour un cinéma populaire et social à vocation internationale ».
Pour ce faire, il a concentré tous ses efforts sur trois domaines principaux :
La production : il a diversifié ses productions en vue d’une industrie cinématographique arabe commune.
La thématique : il s’est très tôt intéressé à des thèmes brûlants tels que l’hypocrisie sociale, la drogue, le radicalisme religieux, le conflit géostratégique.
Le casting : il a été l’un des premiers à faire travailler ensemble des stars locales et internationales, comme Abdelhadi Belkhayat et Souad Housni, dans une association unique en son genre.
Un projet cinématographique qui a connu aussi bien des succès que des échecs, qui a suscité débats et controversesmais qui fait, aujourd’hui, partie du patrimoine cinématographique marocain.
Abdellah Masbahi, aux multiples talents, ne nous a pas légué un seul projet. Il nous a laissé un autre projet, humain cette fois-ci, et c’est peut être l’une de ses meilleures productions. Nul doute que ce projet, par contre, fait l’unanimité. Il s’agit de la talentueuse, Imane Masbahi, réalisatrice, productrice et distributrice de films.
Je salue la mémoire du défunt et souhaite plein succès à Imane, qui perpétue l’héritage de son père. Je souhaite longue vie au cinéma marocain et à notre festival de Marrakech !

(texte traduit par les services du festival)



jeudi 24 novembre 2016

le film marocain à Marrakech



les réseaux sociaux ont tendance à s'emballer rapidement; ils ont peur du vide; ils vivent de buzz, celui de jour concerne la compétition officielle du festival du film de Marrakech;  cela m'inspire trois observations résumées rapidement:
UN: on a tendance à confondre cinéma et jeux olympiques; un festival de cinéma n'est pas une compétition sportive; l'hymne d'un pays n'est pas chanté quand un film gagne. les films représentent d'abord leurs auteurs, et le mode économique dominant aujourd'hui fait que les films sont financés par  plusieurs guichets émanant de centres différents;Qatar n'a pas de cinéma mais il est omniprésent dans beaucoup de festivals grâce aux films qu'il contribue à faire exister
Deux :  l'absence d'un film "marocain" est une situation normale du point de  vue artistique; aucune loi écrite n'oblige les organisateurs à imposer tel film ou tel autre sinon le festival serait d'une autre nature, "un appareil idéologique d'Etat,"par exemple. et on refuse ce statut pour Marrakech 
Trois: cette situation est certes inédite mais on la  voyait venir; cette absence renvoie  au cinéma marocain  l'image de sa propre réalité; une image peu reluisante; il y a un malaise réel et la balle est dans le camp de la profession et surtout des cinéastes. ce signe éloquent est à décrypter au service de plus de travail et de rigueur.  Il y a des cinématographies qui sont passées par le même état; il faut savoir en tirer les conclusions car le cinéma est une dynamique: absent cette année, le film marocain peut remporter l'étoile d'or une autre fois...Il faut juste ne pas se tromper de diagnostic et ne pas rester enfermé dans la logique éphémère des réseaux sociaux, Matrix  des temps modernes 
Mohammed Bakrim, critique de cinéma

Albachado de Hassan Aourid

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