mercredi 23 juillet 2014

Mon voyage à Yaoundé


 Le Maroc star des Ecrans noirs
bakrim à Yaoundé (Photo DOS)


L’ambiance commence déjà à « l’escale de départ », en  l’occurrence Casablanca-Mohammed V ; en effet, les vols de nuit, inaugurés et immortalisés par Antoine de Saint-Exupéry, à la destination de la partie sud de notre continent, semblent très prisés. Beaucoup de monde dans le hall d’embarquement, à l’heure de la rupture du jeûne. La compagnie nationale tient là un créneau très porteur. La première impression est que ce pari stratégique et pas seulement commercial est en tarin d’être tenu. Le vol Casa-Bangui qui nous déposera à Douala, étape intermédiaire avant un autre vol vers Yaoundé a été mené de main de maître.
La correspondance vers la capitale camerounaise me permet déjà de faire connaissance avec une partie de la délégation nigériane. Le Nigéria, en effet,  étant avec le Maroc les deux cinématographies invitées de la 18ème édition des Ecrans noirs de Yaoundé. Ma voisine de ce vol d’une trentaine de minutes qui relie la capitale économique du Cameroun à sa capitale politique, est une caméra-woman d’une équipe de télévision nigériane, venue couvrir le festival. Elle me présente ses collègues ; des jeunes, échantillon de la génération universelle du numérique. On ne parle pas cinéphilie, mais technique de prise de vue et performance du matériel. C’est une nouvelle époque. La rencontre prévue autour de l’expérience marocaine et nigériane est venue justement témoigner de cette métamorphose qui dessine une autre configuration de la culture des images.
Yaoundé, le matin très tôt. Les formalités sont évacuées rapidement avec la complicité de la représentante du festival venue accueillir la délégation marocaine composée de sept membres professionnels du cinéma. Hassan Benjelloun et Daoud Aoulad Syad sont des familiers. Ils étaient déjà avec venus avec leurs films auparavant. L’accueil est fraternel et chaleureux.
Extérieur jour : une atmosphère verdâtre ; il y a eu de la pluie, point de soleil le climat est lourd sans être pesant. La forêt est là et de gigantesques camions rappellent la richesse du pays ; d’immenses troncs d’arbres  sont transportés vers de multiples destinations. La route grouille de monde pour un samedi matin. Pour parcourir la vingtaine de kilomètres qui séparent l’aéroport du centre ville, il faut avoir de l’ingéniosité et beaucoup de sang froid. La vie des ses différents désordres envahit la chassée. Et les images défilant devant nous et qui confinent au cliché rappelle d’autres villes, d’autres banlieues du sud, livres à elles-mêmes. Il y a des villes mais point d’urbanité. Yaoundé apparaît enfin. On monte et on descend. « Normal, me dira plus trad. notre accompagnatrice, Yaoundé est la ville des sept collines ». L’hôtel chois pour loger les invités est situé dans la cité politique là où il y a la plupart des ministères ; l’hôtel lui-même est destiné à accueillir les députés à l’occasion de différentes sessions parlementaires. La proximité de la forêt et d’un immense lac naturel donne au lieu une atmosphère brumeuse d’un film asiatique.
La journée se passe à régler différentes formalités d’installation et de familiarisation avec les lieux (…et de régler la question incontournable du voyageur moderne celle de la connexion : c’est désormais la question rituelle que l’on pose au réceptionniste de l’hôtel dès qu’il nous livre le numéro de chambre !).
Le festival Ecrans noirs connaît une audience de plus en plus importante. Une nouvelle illustration est fournie cette année avec l’organisation d’une cérémonie d’ouverture dans les règles, la première dans la jeune histoire du festival : tapis rouge, montée des marches, invités  VIP  et belles silhouettes féminines… Elle sera marquée notamment par la projection du film marocain, A la recherche du mari de ma femme, une comédie de M.A Tazi datant de 1993 mais qui a bien résisté au temps y compris loin de ses bases fassies : les déambulations de L’haj interprété par Bachir Skirej ont séduit le nombreux public très chic qui a envahi l’immense salle de projection du palais des congrès.  Salle peu indiquée pour une projection de cinéma, mais la conjugaison des efforts maroco-camerounais (un jeune technicien du CCM est venu spécialement donner un coup de main à ses collègues camerounais et superviser la projection des films marocains) a permis la réussite de la soirée avec un accueil très chaleureux pour le film. Nouvelle preuve qu’une œuvre ancrée dans le local est la voie royale de l’universalité !

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